AUTREFOIS
AUTREFOIS ( nov. 20)
Autrefois on parlait fort
Avec de la terre sur la langue
L’arrière-cuisine comme décor
« Avec tes bêtises tu me râpes
Avec tes histoires tu me rases
Tu n’ sens même pas quand tu dérapes
Tu critiques tout et pire, tu jases ! »
Et c’nétait pas sur un air de jazz...
Du passé un survivant
Errent encore dans le labyrinthe
Se déplace d’un pas traînant :
« -Tu arrêtes avec tes remarques ?
Tu m’agaces, tu m’énerves, tu m’saoûles !
-Tu m’saoûles ? Mais d’où tu débarques ? »
Silence bruyant de ruminant....puis :
« Remonterais-tu de la cave ?
- Comment as-tu deviné ? J’ai fait la poussière sur les tonneaux
Nettoyé et compté les bouteilles...
- Pour voir si tu avais de quoi passer l’hiver ? Parce que tu rêves qu’on t’enterre, pareil aux Chevaliers de la Table Ronde ? »
- Pffff ! » fait le tonneau sur deux pattes.
Puis tourne le dos et se carapate.
LA NUIT DES MOTS
Pleines de la nuit des mots, les voix
Dans le couloir de l’espoir d’ailleurs
Roulent des épaules ricochent vers le rectangle vert
Le pré du bonheur
Tapent à côté de la cible, sortie de secours.
Le calendrier les trottoirs se dérobent et les balles
Finissent dans le caniveau.
Voix vouées au vent d’inamovibles mobiles
Faiseurs d’argent
Mots remués
Dans le cornet à dés
Du rêve reflets incertains
Ombres sur les parois de la grotte
Sur le vernis des portes
Cent visages qui resteront sans visage
Car personne sur leur chemin ne les envisage
Qui évolueront vers le masque aux rides illisibles

Et le ballon risible
Parigot « tête de veau »
Roule dans le caniveau.

Mots recyclés rumeurs cris
Qui s’enlisent dans le bruit
La clameur, tournent en rond
Cheveux au vent sans jamais rien décrocher
Ni pompon ni surprise en carton
Du dernier tour gratuit
Ni prix de l’onomatopée,
Ni quolibets ni mot d’esprit
Tandis que Démosthène domptant sous
Le fouet de sa langue des cailloux
Je le comprendrais presque
Même s’il parlait aztèque plutôt que grec.
Pleines de la nuit des mots
Les voix à l’assaut
Du mur du silence si lisse
Loquaces glissent
Se ramassent s’ébrouent
Epoussètent les proses floues
Récidivent glissent
Encore et roule une boule d’artifices
De plus en plus grosse dans le caniveau vorace.
Reproductions de tableaux exposés au Musée d'Art Moderne de la Ville de Paris
SANS UN REGARD EN ARRIERE

Je suis née au pays de nulle part
Se trouve-t-il quelque part ?
Je le cherche il se fait tard
Et le nulle part lui se fait rare
Si bien qu’au premier indice je largue
Les amarres je déploie mes ailes
Aux plumes de hasard
Et d’atteindre ce lieu je me targue
Au revoir, car j’y pars.
Sans un regard en arrière
Sans chapelet, sans « Notre Père »
Sans gibecière, sans annuaire,
Sans atlas et sans glossaire,
Sans code civil et sans bréviaire,
Sans vision, sans imaginaire
Sans destin, sans scapulaire
Jusqu’au pays de nulle part
J’irai au gré du hasard
Des rafales des marées noires
En écoutant les conteurs d’histoire
En déchiffrant la poésie du marc
Les noirs entrelacs de mes cauchemars
En cajolant mes antiques cafards
Errant dans le dédale du hasard.
Je suis née au pays de nulle part
Où il se trouve, je devrais le savoir.
Mais... antique se révèle ma carte de l’espoir
Elle a de ses chemins perdu la mémoire
A présent toute destination se résume à « Nulle part »
Où que je sois je trouverai la mangeoire
Où la vie par distraction ou par hasard
M’a déposé un soir. Avait-elle butté sur un trottoir ?
GRIBOUILLIS
Graphouillis de circonvolutions
Non ne font pas la révolution soufflent sur les braises
Point.....titillés
Gargouillis aux détours des tuyaux
Oui rappellent de loin un chant d’oiseau de très très très loin
Virgule....de bois
Graffiti tombés de la bille d’un
Stylo fouillis gris d’inspiration brindilles suçotées
Espace
Digestion disparition fertile
Pour l’imagination infantile vide énigmatique
Point virgule...hiver
Si rature si peur si digression
C’est l’aveu plus blanc et l’aventure lavage au grand Tage
Guillemets (à l’endroit) ...tes chaussures
L’avantage de l’âge ne se partage
Lapsus calami oui sans ambages la calamité
Guillemets (à l’envers).... ta culotte Dagobert !
Calamité des grands cafouillis
Vieux secret désir vite éventé parfois inventé
Interrogation.....Surprise !
D’où ce terril d’infîm’ gribouillis.
Immonde salmigondis tu trahis l’’état létal avancé
Point final.....de l’auteur terrassé. Requiem.
LIVRE et vierge
Dans la brèche l’avant-monde entre abondance et désert
La brèche où rampe sur lit de rumeurs le chaos
Des rêves des êtres d’un peut-être chaud comme la sève
Du baobab égaré dans la mangrove rongée par
Le clapotis du doute.
Le pré-monde préface ronde balle au bond
Dans la gueule ouverte par les mâchoires gaufrées
Du cartonnage enluminé gage de braises de scories.
Précipice du frontispice : le fronton grimoire d’un four
Peuplé de pâtons montueux monstrueux.
D’un enfer encombré de vides les portes enfoncées par
Discrète la poussée d’une procession de pages
Lobes géminés sans circonvolutions dunes glacées glissant
Par deux lisses du sirocco qui n’est pas.
Brèche ouverte sous l’ivoire de chaque voile que gonfle
La virtualité d’une tempête de regards brèche ouverte
A chaque page d’où renaît sans fin le néant brèche
Entre les poumons du chaos satin broché presque émotif brodé
De nids d’abeille faseyant sous le souffle des décrypteurs du vide.
Bronches et branches, branchioles bronchioles alvéoles folioles bruissent
De fuites en avant d’arrêts cynégétiques. Brèches bronches branches
D’une forêt de questions d’où d’interminables colonnes de regards hérissés de
Pattes grêles agiles fébriles agiles infatigables montent vers la lumière le long
De l’ombre des parallèles à la poursuite de la marge du bord du monde.
Relié ce cahier vierge deux lèvres ombreuses à peine remuent
Attendent inspiration retiennent reprennent haleine peut-être façon
De façonner à l’instigation de l’absence égale de bruits et
De silence les mots sans emploi encore mots sans partenaire
Dérive brocantolesque du frisson à blanc sans froid sans fard
Du sang froid sans danger de l’anthracite aigu lustral d’une dent pétrifiée
Loin des années lumière de son squale errant de l’ammonite suspendue
A l’inexistence d’un fond océanique
Deux lèvres deux versants le pair et l’impair d’une gorge
Etroite versants soigneusement brochés lèvres cousues
Secrets contenus où est la langue pour de sa lame râpeuse user
Les fils cirés de la suture cueillir au vol l’esprit d’une goutte de pluie
Où la main pour vivre la bourrasque où l’oreille son pinceau
Enduit de coups de tonnerre ? Mais le gave est si
Grave son mutisme rugueux roule de gris soupirs usés comme les souliers
Du roulier écumant sans fin l’éternité.