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que vous lirez peut-être si vous avez le temps......
LES LETTRES DE MADAME DE CSG
ROMAN EPISTOLAIRE
DU 21ème SIECLE

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Monsieur le Président de la République

                                                                                  Palais de l’Elysée

 

 

 

                                                                                  Chatou, le 9 décembre 2018

 

Monsieur le Président,

 

« Je vous fais une lettre que vous lirez peut-être..... », mieux vaut chanter que se plaindre, n’est-ce pas ? Et mieux vaut écouter ce que les autres ont à vous dire, ça permet de vivre en stéréo et de prévoir la météo.

 

Mon expérience m’a montré que dans la République en Marche on ne sait pas trop faire. J’en veux pour preuve le silence dans lequel se noient mes tentatives de correspondance avec Marie Lebec, députée de ma circonscription, alors que je lui ai écrit à son adresse courriel de l’Assemblée Nationale, une fois en septembre et une autre il y a quelques jours (courrier qui s’est cassé le nez sur une adresse résiliée), pour lui faire toucher du doigt les conséquences de l’application de la CSG aux retraites ou revenus immobiliers. J’avais pourtant eu la politesse de me rendre à Louveciennes pour sa réunion électorale. Quant à sa présence sur le terrain depuis son élection, jamais je n’ai entendu ou vu l’annonce d’une visite organisée dans mon quartier des Hauts de Chatou, où se côtoient dans des HLM, pavillons ou villas, des jeunes, des moins jeunes et des retraités, suffisamment riches, modestes, pauvres, un échantillon intéressant du « terrain ».

 

Vous aurait-elle fait suivre mon message, vous confiant le soin de me répondre ? J’en doute, j’espère que comme moi vous souriez, et vous avez raison. Je me sens donc encouragée à joindre à ce courrier les deux messages rédigés à l’attention de Mme Lebec.

 

A propos de la CSG appliquée aux retraites, j’ai entendu comme justification que les retraités n’étaient pas dans l’activité. C’est sûrement le cas pour une partie d’entre eux, mais combien d’associations fonctionnent grâce à l’intervention en leur sein de retraités. J’ai assuré pendant plusieurs années une aide aux devoirs, d’autres animent des ateliers gratuits, d’alphabétisation, d’apprentissage du français. J’ai été Administrateur puis Vice Présidente de l’APAJH Yvelines (10 années de service « départemental »), l’expert comptable avait proposé d’intégrer au compte de résultats une valorisation du travail des bénévoles en « équivalent temps plein ». Pourquoi ne pas intégrer cette masse de travail bénévole dans le PIB ? Le bénévolat crée de la richesse.

 

Je vous remercie, infiniment,  Monsieur le Président de la République, de votre lecture qui se poursuivra, je l’espère, par celle de la pièce jointe. Je comprends le prix de cette lecture, j’ai moi-même, pour vous écrire, renoncé à  des tâches importantes ou choses qui me tiennent à coeur. Je terminerai en formulant une espérance : que jamais Mme Lepen ou Mr Mélanchon n’aient l’occasion de vous remercier pour leur élection au plus haut niveau de notre beau pays.

Je vous prie, Monsieur le Président de notre chère République, d’accepter mes sincères et très respectueuses salutations.

 

Agnès Moineau

CHAPITRE II

 

Monsieur le Président de la République

                                                                                              Palais de l’Elysée

 

 

 

                                                                                  Chatou, le 14 décembre 2018

 

 

Monsieur le Président de la République,

 

Me voici à nouveau vous dérangeant, je vous prie de bien vouloir m’en excuser, mais je suis tellement perturbée par ma situation financière que j’ai omis de mentionner à mon budget un prêt à moyen terme que j’ai dû souscrire pour financer la réfection complète d’une vieille toiture, et pour lequel je rembourse 259 € par mois, qui s’ajoutent aux 520€ que je rembourse encore chaque mois pour un des appartements que je loue. Ainsi, chaque mois mes mirobolantes ressources retraite et revenus immobiliers se trouve diminués de 779 €. Vous voyez ainsi que les 880€ que me verse chaque mois le gestionnaire  de deux appartements sont absorbés presque complètement par ces remboursements. Par ailleurs la CSG sur les revenus immobiliers prélevée ces trois derniers mois absorbe 3 mois de loyer sans les charges du studio « solidaire » qui sert de logement à des gens à problème. Si ça continue, c’est moi qui l’occuperai !

 

Enfin, j’ai dû subir une opération chirurgicale pour laquelle j’ai un reste à charge de 450€. Comme la CSG immobilière a eu beaucoup moins de succès sur les ondes que celle sur les retraites, me trouvant devant le fait accompli, je n’ai pas pu anticiper. Si je puise sans cesse dans les économies faites en prévision de mon entrée un jour dans un EHPAD ou une simple maison de retraite, j’ai de quoi être inquiète de l’avenir. Dernière conséquence en ce qui me concerne, je ne verserai aucuns dons aux associations comme je le fais habituellement, sauf les 25 € d’adhésion à l’association Solidarité Logement qui s’occupe de louer mon studio « solidaire ».

 

Je n’ai même pas la ressource de demander de l’aide à ma meilleure amie. Enseignante spécialisée extrêmement impliquée dans l’intégration scolaire des enfants et adolescents porteurs de handicap (travaille chez elle le soir, et les week-ends) ne peut m’aider, elle-même a du mal et déplore que les enseignants ne bénéficient pas d’une prime de Noël, même modeste.

 

Ce paragraphe, c’est l’actuel Président du Mexique qui me l’inspire, lui qui vient d’annoncer qu’il allait rendre le Palais Présidentiel au peuple mexicain et vivre dans sa maison de Mexico, comme la plupart de ces concitoyens. Il a compris que la vraie grandeur n’a pas besoin de symboles ? « La fonction de transfiguration du réel que nous reconnaissons à la fiction poétique implique que nous cessions d'identifier réalité et réalité empirique ou, en d'autres termes, que nous cessions d'identifier expérience et expérience empirique. Le langage poétique tire son prestige de sa capacité à exprimer des aspects de ce que Husserl appelait Lebenswelt et Heidegger In-der-Welt-Sein. De la sorte il exige que nous critiquions notre concept conventionnel de la vérité, c'est-à-dire que nous cessions de le limiter à la cohérence logique et à la vérification empirique, de façon à prendre en compte la prétention de vérité liée à l'action transfigurante de la fiction.»  Signé Paul Ricoeur. Une fiction n’a d’action transfigurante, me semble-t-il que si son auteur vit dans une dynamique réelle  d’ «être au monde », et donc branche son propre univers de vie à celui d’autrui.

Cette fois-ci, Monsieur le Président, je crois que je vous ai dit l’essentiel, et vous remercie encore une fois très sincèrement de votre attention. Avec mes respects citoyens.                                                                              

CHAPITRE III

 

                                                                                                          Chatou, le 16 janvier 2019

 

 

Monsieur le Président,

 

Sans réponse à mes courriers des 9 et 14 décembre, je vous adresse ces quelques lignes, allant droit au cœur du sujet.

 

Trouvez-vous normal qu’une retraitée de bientôt 69 ans, qui a élevé trois enfants et touche une retraite mensuelle de 1105,85 €, subisse de plein fouet au dernier trimestre 2018 un prélèvement de CSG de 1029 €  sur des revenus immobiliers prévus à l’origine pour compenser une faible retraite et lui assurer une indépendance financière ?  Est-ce en diminuant les capacités financières des Français modestes que vous comptez relancer la consommation, la croissance, etc, et diminuer les dépenses sociales liées à la pauvreté ?

 

Il me semble que les énormes progrès dans le domaine des algorithmes devraient permettre aux matheux de la Direction des Finances de moduler ces prélèvements de CSG en fonction de la situation globale du contribuable, afin de lui permettre de continuer à subvenir à ses besoins de première nécessité, sans avoir à faire appel à la charité privée ou publique, et à faire face aux dépenses de santé liées à l’âge.

 

Tout en vous exprimant mes remerciements pour l’attention que vous aurez portée à ce courrier, je m’arme de patience, espérant envers et contre tout une réponse de votre part.

 

Je vous prie d’agréer, Monsieur le Président de notre République, l’expression de mes respectueuses salutations,

 

 

 

                                                                                  Agnès Moineau-Commissaire

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CHAPITRE IV

 

                                                                                                          Chatou, le 20 Mars 2019

 

 

Monsieur le Président,

 

Sans réponse à mes courriers des 9 et 14 décembre comme du 16 janvier dernier, je reviens vers vous pour vous transmettre des informations qui vous ont peut-être échappé étant donné toutes les obligations et plans de communication qui remplissent vos journées.

 

Je soulignais pour vous dans mes derniers courriers les difficultés financières d’une retraitée qui, ayant l’esprit de prévoyance, avait pourtant tout fait pour s’épargner pareille épreuve, en se constituant un petit patrimoine immobilier locatif. Je m’étais dit,  à l’époque où j’ai vu passer les premiers prélèvements de CSG sur mes revenus immobiliers, que c’était un calcul à courte vue de votre gouvernement, car, comme chacun le sait depuis des années, le marché de la location en France reste tendu, avec une offre insuffisante. La réaction à la CSG sur les revenus immobiliers ne s’est pas fait attendre : une baisse des mises en chantier dans le domaine locatif s’est déjà amorcée en ce début d’année. C’est une mauvaise nouvelle pour les candidats au logement locatif, puisque un marché tendu a tendance à pousser les loyers vers le haut. C’est aussi une mauvaise nouvelle pour le monde du bâtiment, qu’il s’agisse des entreprises ou des ouvriers, techniciens, ingénieurs, ainsi que pour les fournisseurs de matériaux. De plus, il me semble que cette floraison de CSG va d’emblée entraîner une diminution des collectes de TVA, et se solder par une opération gris pâle ou blanche.

 

Autre chose, au cours de votre débat avec les intellectuels, vous avez évoqué « la tyrannie d’une irréductible minorité ». Cette tyrannie répondait il me semble à une tyrannie par prélèvement qui réduit la liberté d’aller et venir, met par terre les plans de vie des familles logées loin du lieu de travail, ôte aux retraités la liberté de vivre leur retraite comme ils l’avaient prévue. La violence d’une partie de la population s’est réveillée face à la violence fiscale d’un gouvernement très éloigné des réalités vécues par une majorité silencieuse de Français.

 

Quant à la piètre confiance que vous accordez au Français Moyen pour faire le tri entre fake-news et valeurs, elle semble s’inspirer non de la réalité mais du reflet qu’en donne les chaînes en continu.

 

Tout en vous exprimant mes remerciements pour l’attention que vous aurez portée à ce courrier, je continue d’espérer au moins une lecture, si ce n’est une réponse. La lecture des lettres qui vous ont été adressées ces derniers mois nous aurait sans doute épargné les frais du grand débat.

 

Je vous prie d’agréer, Monsieur le Président de notre République, l’expression de mes respectueuses salutations,

 

CHAPITRE V

 

 

 

                                                                                              Monsieur Emmanuel MACRON

        Président de la République

 

 

                                                                                                                                                                                                                                                                  Chatou, le 9 avril 2019

 

 

 

Monsieur le Président,

 

Grâce à vous je me découvre une vocation de feuilletoniste ou de chroniqueuse ! Merci.

 

Si je reviens vers vous c’est pour souligner combien mes intuitions étaient fondées. Dans le cas contraire, je serais plus discrète.

 

Une grande nouvelle, grâce à vous également, via la CSG sur mes revenus immobiliers, indispensable complément d’une retraite mensuelle de 1100 € (je rappelle que j’ai encore deux prêts à rembourser (788€ par mois), grâce à vous donc, à 69 ans je suis obligée de retravailler pour m’en sortir. Pourquoi voter une loi sur l’âge de la retraite ? ça va se faire tout seul. Tant pis pour les jeunes qui attendent la place. Avec mon expérience de vie et de travail, j’ai été embauchée sans problème par une boîte de cours à domicile. Tant pis pour les plus jeunes qui auraient voulu la place.

 

Côté marché de l’immobilier, un petit article du Canard avec le café du matin, ça fait du bien.

 

Côté Gouvernement, notre ministre Gérald Darmanin a failli faire deux victimes, Monsieur Omar, épicier de la place du Docteur  Roux dans les Hauts de Chatou, et moi-même, nous avons failli tous les deux mourir en nous étranglant de rire. L’arme secrète du Ministre ? Une déclaration comme quoi les Gilets Jaunes étaient les responsables de la baisse du chiffre d’affaire des commerces. Place du Docteur Roux, qui est aussi un rond point, nous n’avons vu aucun Gilet Jaune, et pourtant le grand livre de Monsieur Omar voit la colonne recette maigrir peu à peu : perte de pouvoir d’achat, prudence, crainte de l’avenir.

 

Que pensez-vous de choisir des ministres qui soient en peu plus près des réalités, du vécu des Français, depuis ceux qui ont de quoi dépenser des mille et des cents jusqu’à ceux qui rajoutent régulièrement des trous à leur ceinture ? Monsieur Omar, un habitué des livres de comptes, ferait sûrement un bon ministre de l’Economie et des Finances ! Et moi qui fût comptable, je pourrais être sa Secrétaire d’Etat, je n’ai jamais été épinglée par la Cour des Comptes pour mes dépenses exagérées, ce qui n’est pas votre cas il me semble....j’écoute France Culture, une radio bien informée.

 

Cette lettre est le dernier chapitre de ce roman épistolaire express et désespéré. C’est pour vous que je suis désespérée, car pour moi, je ne m’en fais pas, j’ai de la ressource, je chante, je randonne dans notre beau pays, je prends mon café au soleil dans mon petit jardin, je fais des jeux de mots comme je respire, fais rigoler les gens que je côtoie... J’arrête là, je ne voudrais surtout pas que vous fassiez une dépression en découvrant à côté de quoi vous passez. Mais non, ça ne risque rien, vous prenez votre pied en donnant des leçons à tous les étages, du cantonnier jusqu'aux "grands de ce monde". Et j'ai le sentiment profond que vous adorez ça, alors amusez-vous bien, jouissez, "Tel qui rit vendredi dimanche pleurera." LES PLAIDEURS du grand Jean RACINE.

Quant à moi, je retourne cultiver mon jardin et mes liens avec amis et voisins. La vraie vie, me semble-t-il est là, dans le lien à nos ancrages, à nos proches et notre prochain.

Chapître VI

Monsieur le Président de la République

                                                                                               Palais de l’Elysée

                                                                                              75008 PARIS

 

 

 

 

PDR/CP/BCP/BR/B142557

 

                                                                                                          Chatou, le 30 septembre 2019

 

Monsieur le Président,

 

Vous avez eu la bonté de répondre à ma cascade de courrier suscitée par l’inquiétude. Vous y exprimiez l’intention de vous inspirer de mes suggestions. Ma situation n’a pas changé, ou plutôt elle a empiré. Comme je vous l’ai dit je retravaille dans le but d’apaiser mes angoisses de fin de mois. J’ai également prudemment pris les devants pour demander un étalement des prélèvements de CSG sur revenus immobiliers, budget à l’appui. Le service des impôts m’a répondu par la négative au prétexte que j’avais bénéficié d’une restitution d’impôt en début d’année.....de 69€. Et là il est question de 1200 €, si la CSG n’a pas augmenté...... Il rajoute que si je ne peux pas payer il se paiera en direct sur mes salaires de misère de ANACOURS. Les larmes aux yeux, j’ai donc ce matin pris contact avec le Centre Communal d’Action Sociale de la ville de Chatou.

 

Je réitère donc la question à laquelle vous n’avez pas donné de réponse : « Trouvez-vous normal qu’une retraitée de bientôt 70 ans, l’âge où l’on devient fragile, où l’on met de côté pour un avenir incertain, une femme qui a élevé trois enfants et touche une retraite mensuelle de 1105,85 €, subisse de plein fouet au dernier trimestre 2018 un prélèvement de CSG de 1029 €  sur des revenus immobiliers prévus à l’origine pour compenser une faible retraite et lui assurer une indépendance financière ? Et que ce fait ayant été porté à votre connaissance, ce mauvais traitement n’ait été en rien adouci ? »  En diminuant les capacités financières des Français modestes, comptez-vous relancer la consommation, la croissance, etc ? Diminuer les dépenses sociales liées à la pauvreté ? Mesures dont la contrepartie est : « avantages fiscaux aux personnes fortunées. » Ces mesures, au vu des récentes informations, n’ont pas eu l’efficacité espérée, elles ont même eu tendance à accentuer la baisse de la consommation. Nous n’avons pas eu le choix.

 

« Il me semble que les énormes progrès dans le domaine des algorithmes devraient permettre aux matheux de la Direction des Finances de moduler ces prélèvements de CSG en fonction de la situation globale du contribuable, afin de lui permettre de continuer à subvenir à ses besoins de première nécessité, sans avoir à faire appel à la charité privée ou publique, et à faire face aux dépenses de santé liées à l’âge. » Mon dernier courrier contenait cette suggestion. Ont-ils ouvert ce chantier les matheux des Finances ?  J’espère.

 

Tout en vous exprimant mes remerciements pour l’attention que vous aurez portée à ce courrier, je m’arme de patience, espérant envers et contre tout une réponse de votre part, et vous prie d’agréer, Monsieur le Président de notre République, l’expression de mes respectueuses salutations,

 

                                                                                  Agnès Moineau

PJ : Mon budget prévisionnel 2020

OU IL EST QUESTION DE LIBERTE, premier emblème de notre devise nationale.

 

« LA LIBERTE N’A JAMAIS CESSE DE ME SURPRENDRE »

 

C’est cette citation de Chateaubriand qui introduit le « Tract » N°8, édité par Gallimard et dû à la plume précise de François Sureau. (1957-...) Titre : SANS LA LIBERTE vendu au prix de 3€90

Je vous livre cet extrait qui, je l'espère, vous encouragera à acheter le Tract N°8!

Sans cherche pas à me mesurer à cet illustre prédécesseur, je remarque quand même que la plupart des humains possède tout ce qui est nécessaire à l’exercice de la liberté de choisir et de faire après examen des conséquences positives et négatives de la décision en question.

Sureau dans son introduction : « La liberté n’a jamais cessé de me surprendre ; par ses promesses quand j’étais jeune et, plus tard, par la facilité avec laquelle nous étions portés à oublier ses exigences, ou, pire encore, à en dédaigner la valeur. Cette expérience restera celle de ma génération.

« Nous avions aimé la liberté grâce à la littérature, la parant de tous les prestiges, la chargeant de tous les espoirs, au-delà même de l’amour de l’art.....Sa fréquentation ne nous portait pas à nous soumettre à cet ange de l’enfer social, qui, l’épée de la politique ou même du droit à la main, défend depuis toujours l’entrée du jardin de l’Eden. » Pour ma part je compléterai en ajoutant que, du moins pour les générations nées entre 1920 et 1965, l’attrait de la liberté naissait souvent d’une éducation stricte et de la sévérité qui sanctionnait les manquements  dans  l’accomplissement par chacun de son devoir. Quoiqu’ il en soit, « Au départ de tout il y avait cette étincelle que l’humain avait reçue ou qu’il s’était donnée, et que tout depuis les origines du monde conspirait à éteindre.

Au cours de l’histoire le goût de la liberté s’est accordé à l’esprit du temps, la Renaissance, la revendication d’une  liberté de choisir sa croyance religieuse ou de ne pas en avoir, la Révolution Française et ses droits de l’homme et du citoyen, etc. L’auteur du « TRACT » avait onze ans en 1968, j’en avais dix-huit et j’étais ravie de partir pour un an aux Etats-Unis pour échapper à l’autorité et la surveillance de mes parents. Il apporte des précisions à son observation sur le rôle joué par les événements de 1968 dans l’évolution du destin de la valeur « liberté », soulignant qu’elle concernait sans doute plus particulièrement les milieux auxquels les conduisaient, lui et ses congénères, leurs études : université, presse, magistrature, administration, classe politique, et la partie de l’intelligentsia qu’une pente fâcheuse ne faisait pas rouler au pied des idoles totalitaires. « J’ai vu changer cet esprit-là, chaque année un peu plus depuis vingt ans, les plaques tectoniques de notre société politique se déplacent dans une mesure telle que j’ai fini, comme bien d’autres, par me demander si l’amour de la liberté, de celui de l’Etat de Droit qui vise à garantir son exercice, n’étaient pas un simple vernis, une référence morte, un propos de fin de banquet.

«  Je  parle moins ici des coups de canif, bientôt de scie égoïne portés à la Constitution, que des raisonnements produits en nombre pour les justifier, et qui semblaient passer sans obstacle de la police aux procureurs, des procureurs aux parlementaires, personne ne paraissant s’aviser de l’étrangeté d’un ordre où l’on laisserait aux chiens de garde le soin de redessiner la maison ...

Je me suis aperçu qu’il suffisait d’un rien – même si ce à quoi nous assistions pouvait chaque jour plus difficilement être assigné à cette catégorie – pour que l’air de la liberté se raréfie. Pire encore, que personne ne paraissait étouffer pour autant. Un jour viendra peut-être où nous pourrons recommander sans nous trahir de remplacer le blanc au milieu du drapeau tricolore par un beau gris préfectoral. » Que les gouvernements, celui d’ aujourd’hui comme les autres, n’aiment pas la liberté n’est pas nouveau. Les gouvernements tendent à l’efficacité.

Que des populations inquiètes du terrorisme ou d’une insécurité diffuse, après un demi-siècle  passé sans grandes épreuves et d’abord sans guerre, ne soient pas portées à faire le détail n’est pas d’avantage surprenant. Mais il ne s’agit pas de détails. L’Etat de Droit dans ses principes et dans ses organes, a été conçu pour que ni les désirs du gouvernement, ni les craintes du peuple n’emportent sur leur passage les fondements de l’ordre politique, et d’abord la liberté. C’est cette conception-même que, de propagande sécuritaire en renoncements parlementaires, nous voyons depuis vingt ans s’effacer de nos mémoires sans que personne ou presque ne semble s’en affliger.

Je tiens pour vain l’exercice de l’indignation. L’indignation suppose je ne sais quel optimisme que je ne partage plus, l’idée qu’une protestation bien argumentée pourrait faire dévier le cours des choses. Nous n’en sommes plus là, nous nous sommes habitués à vivre sans la liberté.

Si l’on ne fait pas son ordinaire de la lecture du journal officiel, on n’a pas nécessairement l’occasion de mesurer l’effritement de l’édifice légal des libertés. Mais il suffit de sortir de chez soi. Il y a quelques semaines deux cents personnes à peu près manifestaient immobiles Place de la République à Paris, pour dire leur réprobation de l’action de la police dans la répression d’une soirée à Nantes, à l’issue de laquelle un jeune homme s’était noyé dans la Loire. Les forces de l’ordre représentaient trois fois leur nombre. Elles étaient surtout armées en guerre, le fusil d’assaut barrant la poitrine. Ce fusil était le HKG36 allemand, qui équipe la Bundeswehr depuis 1997 et qui, largement exporté a servi aux forces déployées au Kosovo, en Afghanistan et en Irak. Il tire des munitions de 5,56 millimètres selon trois modes de tir, rafale, rafale de deux coup ou coup par coup, avec une portée pratique de cinq cents mètres, une cadence de sept-cent cinquante coups par minute, une vitesse initiale de neuf-cent-vingt mètres par seconde. Il s’agissait à l’évidence moins d’encadrer que d’intimider, d’exercer une pression de type militaire, comme on le ferait non sur les citoyens de son pays, d’un pays soumis au droit, mais sur les ennemis occupés d’un corps étranger dont on craindrait la révolte, l’embrasement soudain.

L’exercice de la liberté suppose aussi, s’il ne suppose pas seulement, cette apparence de civilité qui manifeste la certitude du bon droit, la légitimité démocratique des forces chargées de la répression. Je me suis souvenu du soulagement que l’on éprouvait, avant que le rideau de fer ne tombe, en passant de la Yougoslavie à l’Italie, de la Hongrie à l’Autriche, et même de la Bulgarie à la Turquie. A peine armés les agents postés aux frontières étaient polis et s’ils vous demandaient vos papiers ne semblaient pas vous menacer dans le même temps de la répression administrative. Nous revenions dans les pays de la liberté. C’est à ces choses que l’on voit à quel Etat on a à faire, s’il est civilisé, s’il est sûr de lui aussi.

Dans cette démonstration de force aussi insultante qu’absurde, surtout pour qui se souvenait de l’incapacité, faute d’ordres donnés dans ce sens, pour les forces en question de répliquer de manière appropriée et sur le fondement de la légitime défense aux attaques violentes dont elles avaient été l’objet au cours des émeutes des semaines précédentes, j’ai vu aussi se vérifier  une règle simple : les exceptions consenties aux usages, motif pris de circonstances dramatiques, -ici le terrorisme islamiste, seule menace face à laquelle l’emploi d’un armement de ce type peut se justifier- finissent toujours par se trouver étendues aux circonstances de la vie ordinaire, celles de la vie courante- ici l’exercice du droit de manifester. Cela vaut des législations comme des pratiques. Nous avons à peu près cessé d’y prendre garde.

Tels sont les glissements progressifs de l’extase sécuritaire. Il suffit d’un article de loi apparemment  inoffensif, d’un fusil d’assaut complaisamment exhibé dans les rues. C’est notre âme qui se voile. Nous pourrions nous en souvenir, nous qui élevons nos enfants dans le souvenir maudits des lois religieuses de la Restauration (1814- 1830), des lois scélérates de la répression des menées anarchistes (mouvement qui organise sa pensée (Proudhon)  première moitié du 19° siècle et tente la mise en pratique pendant la deuxième moitié), des lois raciales du régime de Vichy, comme dans celui des horreurs commises par les Versaillais (1871) ou les parachutistes de la bataille d’Alger (janvier à septembre 1957). Il n’en est rien. Notre devoir de mémoire ne vaut plus une fois la dissertation achevée. Aussi pouvons-nous rentrer sans remord, une fois le passé devenu inoffensif, rangé sur les étagères, dans l’éternel présent de la sécurité.

 

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