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Mon histoire avec Simone Weil?
D'abord une attirance juvénile, j'avais 20 ans, qui a fait long feu: je n'avais pas assez d'expérience et de culture pour comprendre, et, à mes yeux, ses écrits étaient arides, ses idéaux impliquaient une sorte de désincarnation alors que je n'aspirais qu'à m'incarner, comme si quelque chose ou quelqu'un m'avait jusqu'alors empêchée de vivre! Alors je laisse tomber.
Ensuite, le jeu de l'amitié et du hasard. Il y a un an et demi je cherche sur la toile pour un ami une biographie écrite par Christiane Rancé, et découvre que l'auteur a également écrit celle de Simone Weil, intitulée: "Le courage de l'impossible" Ce titre m'a profondément interpellée, car côté courage, je me trouvais mal équipée. J'ai donc acheté 2 biographies pour le prix de deux....et j'ai lu, naviguant de l'admiration à l'ardeur imitatrice, de la curiosité à la réflexion. J'ai enchaîné avec la Pesanteur et la Grâce, qui m'était tombé des mains autrefois. Je le lis en trois mois, prenant mon temps, soulignant, cornant les pages. Et depuis un an, j'en relis un passage presque chaque jour, note et commente pour moi dans un cahier. Au cours de mon existence, j'ai traversé trois ouragans dépressifs, le dernier à l'automne 2012 avec traitement chimique massif, mais aussi travail personnel. La lecture et la méditations des écrits de Simone Weil m'ont permis d'atterrir sur ce que j'ai en moi de solide, l'alliance entre la pesanteur et la grâce. C'est ce qui s'appelle retomber sur ses pieds!
Enfin, l'interview du philosophe Noudelmann sur France Culture à propos de son livre "Le génie du Mensonge", m'a décidée à partager avec d'autres les raisons de mon estime de Simone Weil, qui, je pense, n'a jamais flirté avec le furtif mensonge. Je ne peux que citer ici Gustave Thibon dans la fin de la préface à l’ouvrage qui va être publié grâce à son travail de mise en forme des écrits qui lui ont été confiés : Il ne s’agit pas ici de philosophie mais de vie. Loin de prétendre construire un système personnel, Simone Weil a désiré de toutes ses forces être absente de son œuvre. Son unique vœu était de ne plus faire écran entre Dieu et les hommes- de disparaître « afin que le Créateur et la créature pussent échanger leurs secrets. » Comme vous le découvrirez au fil des pages, je n'ai pas la capacité d'effacement de Simone Weil, et émaille mon propos de photos, de pensées personnelles, de poèmes, comme des espaces de résonance à la pensée de la philosophe.
J'espère ne pas vous avoir ennuyés, il vous reste à plonger.

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Autour d'un café avec Simone Weil   Ière partie

LA PESANTEUR ET LA GRACE
Ecrit principalement la nuit, avec de l'encre, une profonde détermination, et du café, ou de l'ersatz de.


Chap 1, pas de temps à perdre, on entre dans le vif du sujet:

"Deux forces règnent sur l'univers, lumière et pesanteur."
"Tous les mouvements naturels de l'âme sont régis par des lois analogues à celles de la pesanteur matérielle. La grâce seule fait exception."


Alors surgit la première question....Qu'est-ce que la grâce? L'envisagiez-vous jusqu'à présent? Sous quelle forme?

Au dictionnaire je me fie: une faveur, un honneur, accordé sans contrepartie, obtenu sans mérite. Ou alors, l'honneur est supérieur au mérite. Idée de gratuité, de cadeau exceptionnel. La grâce présidentielle.Et puis, la première citation ci-dessus peut faire penser que la grâce et la lumière sont du même ordre. La grâce met en lumière, une grâce pour mieux voir, mieux connaître.

Si j'écoute Simone, "la grâce, c'est la loi du mouvement descendant". Mais un mouvement descendant qui permet de s'élever: "la pesanteur morale nous fait tomber vers le haut."

Allez, je risque une comparaison concrète: franchissant l'équateur, je constate que dans l'hémisphère sud, le tourbillon de vidange des lavabos est inverse de ce qu'il est dans l'hémisphère nord. Simone me dit que lorsque qu'elle se laisse visiter par la grâce, la loi de la pesanteur régit les mouvements de son âme de façon inversée.

Mais attention! L'exercice de la vertu, inspiré par la grâce, n'a rien à voir avec les cocktails, c'est du pur.

"Une action vertueuse peut abaisser s'il n'y a pas d'énergie disponible au même niveau."

Autour d'un café avec Simone Weil   Ière partie

Quelle est donc cette "énergie qui n'est pas au même niveau". La..... Pesanteur! Vite, sans jamais s'apesantir (elle n'en a pas le temps), Simone Weil précise: "D'une manière générale, ce qu'on attend des autres est déterminé par les effets de la pesanteur en nous; ce qu'on en reçoit (....) par les effets de la pesanteur en eux." Dans ces conditions, la coïncidence entre le don et l'attente du bénéficiaire est l'effet du hasard!

Et Simone de mettre le doigt là où ça fait mal: l'objet d'une action et le niveau d'énergie qui l'alimente sont deux choses distinctes.

On peut commettre une bonne action par intérêt, pour avoir une bonne opinion de soi-même, obliger le bénéficiaire, paraître...ou parce qu'il le faut, parce que l'on se plie aux lois du pays du Vertu dégradée par la pesanteur!

Alors la grâce peut-elle être considérée comme faisant partie du monde matériel où rien ne se perd et tout se transforme? La grâce peut transformer nos actes pour autant qu'on lui ménage un espace de réception. Dans le cas contraire, elle se perd et ne transforme rien. Simone croit que la grâce est une intervention surnaturelle. Le monde aurait donc au moins deux dimensions, une naturelle et une surnaturelle. Découvrir cette dernière demande un vrai travail. C'est ce que tu veux nous faire découvrir, n'est-ce pas Simone, à travers ton petit livre, 274 pages, lourd de sens. Quel travail d'être clair avec soi-même!

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Autour d'un café avec Simone Weil   Ière partie

Simone n'a pas les yeux dans sa poche, elle capte le détail:" ...la même souffrance est bien plus difficile à supporter par un motif élevé que par un motif bas..." Exemple à l'appui: les gens qui, pour un oeuf ou un peu de lait, restent debout de 1 heure à 8 heures du matin, le feraient très difficilement pour sauver une vie humaine". La récompense à la fois tangible et à courte échéance a plus de force que la vertu de fidélité aux valeurs morales qu'on prétend cultiver. Elle se surprend elle-même, lors de crises de migraine, à faire souffrir une personne en lui adressant des paroles blessantes: "On corrompt ainsi la fonction du langage, qui est d'exprimer les rapports des choses."

Pour échapper à cette pesanteur de la tentation, "nécessairement je dois me tourner vers autre chose que moi-même, puisqu'il s'agit d'être délivré de soi-même....L'homme a la source de l'énergie morale à l'extérieur, comme de l'énergie physique (nourriture, respiration). Il la trouve généralement et c'est pourquoi il a l'illusion- comme au physique- que son être porte en soi le principe de sa conservation". Un seul remède pour lui: sans cesse être attentif à ses limites autant qu'à sa capacité de se nourrir de cette lumière d'en-haut ou d'ailleurs. L'élévation morale a pour point d'appui l'humilité. «Donnez-moi un point d'appui : je soulèverai le monde» disait Archimède trois siècles avant notre ère. Force nous est de constater que l'on soulèvera l'objet moins haut, donc le pesant.

Chap. 2 : « Vide et compensation »

« Quiconque souffre cherche à communiquer sa souffrance- soit en maltraitant, soit en provoquant la pitié- afin de la diminuer, et il la diminue vraiment ainsi....Cela est impérieux comme la pesanteur »

Pour ce qui me concerne, je pratique de façon habituelle (et malgré tout de moins en moins) la maltraitance muette, passive, limitée aux pensées, aux jugements, articulés dans un discours intérieur. J’évite ainsi d’expérimenter le vide intérieur, de le respecter, de l’aimer. Je fais payer à autrui la souffrance de la frustation.

« Les êtres et les choses ne me sont pas assez sacrées. Puissé-je ne rien souiller quand je suis moi-même entièrement transformée en boue. »

Pour pardonner à qui nous a fait du mal : penser qu’il ne nous a pas abaissé, mais simplement révélé notre vrai niveau (un point vulnérable, une faiblesse, « il n’y a que la vérité qui blesse »...) Comment combler en soi le vide créé par la parole blessante de l’autre? En faisant du mal à autrui, nous transférons le vide chez l’autre.

N’importe quel malheur ou souffrance ou douleur provoque un vide en nous, un sentiment d’impuissance ; il est alors impératif de ne pas contaminer notre environnement en en y propageant les « attaques » subie. Quand on est trop faible pour provoquer la pitié ou faire du mal à autrui, il nous reste la tentation de faire du mal à la représentation de l’univers en soi-même.

Où puiser la force de contempler son propre malheur, sa souffrance, sans la disséminer autour de soi ? Dans le pain surnaturel, autrement dit la parole surnaturelle, divine...., énergie supérieure.

Il est indispensable de saisir la limite en chaque chose, d’accepter qu’on ne la dépassera pas sans aide surnaturelle, ou alors de très peu, et en le payant ensuite par un terrible abaissement. En effet l’énergie fournie par les sentiments élevés est en général limitée ; quand elle s’épuise, on bascule alors vers les sentiments bas, qui sont de l’énergie dégradée, libérée par la disparition d’objets désirés. Exemple de dégradation : nourri d’une énergie supérieure j’accomplis une bonne action ou réalise une œuvre d’art. Puis, le sentiment de plénitude s’éloignant, je bascule dans le contentement de moi-même.

Autre façon dégradée de combler le vide : penser que « les hommes nous doivent ce que nous imagineront qu’ils nous donneront ; nous leur donnons ce que nous imaginons répondre à leurs besoins. La coïncidence entre les deux est la plupart du temps due au hasard. ». Remettons-leur cette dette ; acceptons qu’ils soient différents des créatures que nous forgeons avec notre imagination. Ainsi Dieu renonce à ce que nous soyons comme lui, mais nous donne la possibilité de nous rapprocher de lui. Moi aussi je diffère de l'image que je me fais de moi. En prendre conscience c’est s’engager sur le chemin du pardon.

Réflexion personnelle sur la façon de se défaire de l’illusion d’autosuffisance : il m’est donné de savoir un certain nombre de choses, parce que mes parents, mon milieu, m’ont donné une éducation, parce que j’ai des capacités d’intelligence, de mémoire. La conscience d’avoir reçu des dons me prive de la gloire d’avoir conquis le savoir seule ; exit l’autosuffisance.

Pour grandir nous devons donc accepter la séparation, le vide.

Henri IV vu par les catholiques bretons: un des bourreaux du Christ

Henri IV vu par les catholiques bretons: un des bourreaux du Christ

Autour d'un café avec Simone Weil   Ière partie
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Tableau de Markus Luppertz

Tableau de Markus Luppertz

Chapitre 3  "Accepter le vide"

"Ne pas exercer tout le pouvoir dont on dispose c'est supporter le vide."

Il n'y a que le surnaturel qui peut le  permettre puisque la nature, c'est bien connu, a horreur du vide. Le surnaturel s'exprime par la grâce.

L'expérience de cette dernière  nécessite toutefois de traverser l'épreuve de l'arrachement: s'arracher aux sables mouvants de nos besoins naturels, de nos envies, de nos petits désirs, et vouloir ardemment changer de niveau

De façon naturelle, si je donne quelque chose, si je fais un effort, j'attends une récompense. En faisant violence à cette "nécessité", je laisse un vide.  Alors, comme par appel d'air, une récompense surnaturelle survient.

"Il faut une représentation du monde où il y ait du vide, afin que le monde ait besoin de Dieu. Cela suppose le mal. " L'existence du mal et la conscience que nous en acquérons sont les conditions d'une certaine liberté. 

"Aimer la vérité signifie supporter le vide, et par suite accepter la mort. La vérité est du côté de la mort".  Il est clair que nos mensonges ont pour but, bien souvent d'éviter le conflit, la rupture, la privation, le vide. "La vérité est du côté de la mort"  A commencer par celle de nos illusions.

En commentaire à ce passage consacré au vide, l'écho de l'actualité: la presse comme certaines stations de radio font une place à René Girard, méconnu du public français, décédé récemment. René Girard s'inscrit en faux contre le structuralisme avec sa théorie du désir mimétique. L'approche de Simone Weil peut permettre de comprendre pourquoi nous cédons relativement facilement à la tentation du désir mimétique: nous supportons très mal le vide, la séparation. Etre différent des autres, c'est être séparé, peut-être montré du doigt. Cela peut aller jusqu'à être bouc émissaire ( voir l'approche que René Girard a élaboré en matière de mythes, l'étranger, le "différent", victime d'une élimination violente par une communauté qui a besoin de se rassurer.)

 

Le ciel est vide

Le ciel est vide

Chapitre 4. Le détachement

« Pour atteindre le détachement total....il faut un malheur sans consolation.....La consolation ineffable (surnaturelle, spirituelle) descend alors. » Les exemples de ce cheminement soit philosophique, soit spirituel, ne manquent pas : le célèbre Diogène, contemporain de Platon, vivant dans une jarre ; les ermites, tel Saint Jérôme, vivant dans le désert, certains prisonniers privés de tout....autant d’exemples d’humains vivant le dénuement par choix ou par obligation, sans sombrer dans la violence ou le désespoir, au contraire. (ci-dessous St Jérôme peint par

Simone Weil énumère quelques pistes comme :

  • Remettre les dettes
  • Accepter le passé sans demander de compensation à l’avenir
  • Arrêter le temps à l’instant (accepter la mort)
  • Et bien sûr renoncer aux biens matériels, même si cette renonciation doit nous rendre moins performant (fatigue, faim, déconsidération ou mépris)

Potion amère : « détacher notre désir de tous les biens et attendre. » Et encore « désir à vide, désir sans souhait. » Pour cette traversée du désert, détachement et espérance sans autres contours qu’un bien absolu impossible à appréhender par la conscience humaine.

Autre piste : « écarter les croyances combleuses de vide, adoucisseuses des amertumes. Celle à l’immortalité. Celle à l’utilité des péchés. Celle à l’ordre providentiel des évènements- bref les « consolations » qu’on cherche d’ordinaire dans la religion. »

« Le malheur qui contraint à porter l’attachement sur des objets misérables met à nu le caractère misérable de l’attachement. » « Toute douleur qui ne détache pas est de la douleur perdue. »

Pour Simone, toute idée de compensation est une illusion. Il faut se vider du monde comme de la divinité, qui ne se possède pas, et se réduire au point qu’on occupe dans l’espace et le temps. Elle va même jusqu’à se proposer de renoncer aux biens matériels, nourriture comprise, au risque, dit-elle, d’un obscurcissement de l’intelligence gênant la méditation. Pour donner toute sa place à la grâce. Renoncer au désir d’être touché par la grâce et pratiquer « le désir sans souhait, sans contenu », attendre. L’amour de Dieu n’est pas consolation, il est lumière. Tout ce qui est autre que Dieu n’existerait que pour nous permettre, autant que faire se peut, l’attente Dieu, par différence.

Pour conclure ce chapitre, S.W. évoque Dieu : « C’est lui qui, par l’opération de la nuit obscure, se retire afin de ne pas être aimé comme un trésor par un avare. »

Chapitre 5. L’imagination combleuse

« L’imagination travaille continuellement à boucher toutes les fissures par où passerait la grâce»

« Tout vide (non accepté) produit de l’aigreur, de l’amertume, de la rancune. Le mal qu’on souhaite à ce qu’on hait rétablit l’équilibre.»

« La pensée de la mort appelle un contrepoids, et ce contrepoids –la grâce mise à part- ne peut être qu’un mensonge. »

Où est le mensonge ? Les objets réels sont en trois dimensions, et possiblement plus, les produits de l’imagination n’en ont que deux, voire une seule, celle de la convoitise, de l’envie. Dans le domaine de l’esprit, le Pasteur Martin Luther King parlait de la spiritualité comme de la troisième dimension qu’il ne fallait pas oublier.

Alors guerres, crimes, vengeances, sentiment de malheur extrême, sont des produits de l’imagination. Pourquoi ?  « Dans le mal comme dans le rêve », la première lecture est simple : il y a une cause, un bourreau, et une conséquence, une victime. Pour S.W. lecture signifie « interprétation affective » ou jugement de valeurs appliqué à un fait concret, alors que pour les familiers de la démarche analytique, le mot lecture s’enrichit d’un niveau de lecture symbolique, qui permet d’appréhender le caractère polysémique du rêve; il n’est pas rare que les différents protagonistes d’un rêve représentent différentes identifications du seul rêveur.

Afin d'illustrer la similitude entre les maux rêvés et les maux vécus, Simone Weil écrit : « Quoi de plus affreux que de mourir dans un cauchemar ». On se réveille d’un cauchemar et on peut alors penser l’horreur, on ne se réveille pas de la mort. Le rêve est reconnu depuis longtemps comme un langage, une forme de mise en garde, le crime est un anti-langage, un passage à l’acte (une forme de refus d’analyse, parfois d’impossibilité, d’incapacité). Simone Weil aurait d’ailleurs pu évoquer les songes et rêves de la Bible. Elle devait faire court, savait qu’elle n’avait de temps que pour l’essentiel, déblayer la voie vers le véritable amour de l’Autre et de tout ce qui le représente, l'incarne, dans le monde réel.

Pendant longtemps, les grands de ce monde produisaient sur l’imaginaire du peuple l’effet d’un mirage, combleur de tous les vides. L’argent, dans les temps modernes, produit un effet identique en nous permettant d’acheter de quoi rêver, de quoi construire une apparence d’être.

« Dans n’importe quelle situation, si on arrête l’imagination combleuse, il y a vide (pauvres en esprit) » Sous cet éclairage les "pauvres d’esprit", appelés à être "bienheureux" , sont les esprits capables de renoncer à tout ce qui n’est pas réel, donc à tout ce qui est image.  « Si l’on accepte n’importe quel vide (d’ordre matériel, mental, émotionnel, affectif), quel coup du sort peut empêcher d’aimer l’univers?». En conséquence: « Continuellement suspendre en soi-même le travail de l’imagination combleuse de vides »

 

Où placer la frontière entre réel et imaginaire/rêve ? «  Tout ce qui est assez réel pour enfermer (nous dirions contenir) les interprétations superposées est innocent ou bon ».  Et encore : « Il faut accueillir toutes les opinions, mais les composer verticalement et les loger à des niveaux convenables. »

 

 

Construire son ascension
Construire son ascension

Camp Intermédiaire 1
Comme ce bouquin-chemin, piétiné par les nombreuses lectures et relectures, mène vers un sommet qu’on n’atteint jamais, les camps ou stations intermédiaires sont nécessaires. C’est là qu’on reprend son souffle, qu’on regarde en arrière, qu’on s’approprie le paysage peu à peu découvert, qu’on s’habitue à l’espace, au vide et, si possible, au vertige. C’est à ce point que je réalise la richesse que représente la frugalité de cette œuvre, que Simone Weil n’a pas eu le temps d’articuler, qu’elle a confié à Gustave Thibon, sachant qu’il respecterait scrupuleusement ses écrits tout en les rendant lisibles. Cette modestie de l’expression est pour le lecteur une chance, car elle invite à pousser la porte d’un processus de pensée en progression, livré à nous sous la forme de « formules parfois abruptes ou insuffisamment élaborées » (dixit Gustave Thibon, qui avait eu de nombreux débats avec l’auteur avant qu’elle quitte la France pour les USA puis la Grande Bretagne). Thibon parle aussi de simples pierres d’attente, posées au jour le jour et souvent en hâte, en vue d’une construction plus complète qui ne vit, hélas, jamais le jour.


C’est donc une chance, car le travail de Gustave Thibon sur le manuscrit est fidèle à l’esprit de « chantier » des cahiers ; il laisse au lecteur un espace pour une lecture aérée et l’élaboration d’une pensée personnelle.


La personnalité singulière de cet ouvrage ne tient pas uniquement à son « label » non raffiné, mais également à son enracinement dans une expérience intérieure intense, incarnée tout au long du cours d’une courte vie. « L’âme, la pensée, et l’expression constituent », selon Thibon, un bloc sans fissures. »

Au lecteur: les prochains chapitres sont sur une page "2ème partie", pour en faciliter l'accès à ceux qui ont déjà lu le début.

Tag(s) : #Philo et art de vivre
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