UNE DECOUVERTE: "L'ARBRE MONDE"
du romancier américain RICHARD POWER
UN EXTRAIT
"Nick gâche cinq précieuses secondes de temps-mouvement à contempler le ravin des livres (il travaille dans un entrepôt d'Amazon ou autre vendeur sur le net). Ce spectacle l'emplit d'une horreur indissociable de l'espoir. Quelque part dans ces cayons infinis, débordants, proliférant de papier imprimé, encodé, parmi les millions de tonnes de fibre de pin à l'encens, il doit bien y avoir quelques mots de vérité, une page, un paragraphe, capables de rompre le sortilège de la satisfaction, et de rétablir le danger, le besoin et la mort... La compulsion de hurler en image est trop forte... Mais aimer et ne pas aimer- le pilier et la base de la culture marchande- ne signifient pas grand chose pour lui. Il veut juste peupler autant de murs que possible de ce qui ne peut être emmuré."
A lire absolument, un combat pour sauver des arbres millénaires!
POUR LE CENTENAIRE DE LA MORT DE GUILLAUME APOLLINAIRE
Chevaux de frise
Pendant le blanc et nocturne novembre
Alors que les arbres déchiquetés par l'artillerie
Vieillissaient encore sous la neige
Et semblaient à peine des chevaux de frise
Entourés de vagues de fils de fer
Mon cœur renaissait comme un arbre au printemps
Un arbre fruitier sur lequel s'épanouissent
Les fleurs de l'amour
Pendant le blanc et nocturne novembre
Tandis que chantaient épouvantablement les obus
Et que les fleurs mortes de la terre exhalaient
Leurs mortelles odeurs
Moi je décrivais tous les jours mon amour à Madeleine
La neige met de pâles fleurs sur les arbres
Et toisonne d'hermine les chevaux de frise
Que l'on voit partout
Abandonnés et sinistres
Chevaux muets
Non chevaux barbes mais barbelés
Et je les anime tout soudain
En troupeau de jolis chevaux pies
Qui vont vers toi comme de blanches vagues
Sur la Méditerranée
Et t'apportent mon amour
Roselys ô panthère ô colombes étoile bleue
Ô Madeleine
Je t'aime avec délices
Si je songe à tes yeux je songe aux sources fraîches
Si je pense à ta bouche les roses m'apparaissent
Si je songe à tes seins le Paraclet descend
Ô double colombe de ta poitrine
Et vient délier ma langue de poète
Pour te redire
Je t'aime
Ton visage est un bouquet de fleurs
Aujourd'hui je te vois non Panthère
Mais Toutefleur
Et je te respire ô ma Toutefleur
Tous les lys montent en toi comme des cantiques d'amour etd'allégresse
Et ces chants qui s'envolent vers toi
M'emportent à ton côté
Dans ton bel Orient où les lys
Se changent en palmiers qui de leurs belles mains
Me font signe de venir
La fusée s'épanouit fleur nocturne
Quand il fait noir
Et elle retombe comme une pluie de larmes amoureuses
De larmes heureuses que la joie fait couler
Et je t'aime comme tu m'aimes
Madeleine
Guillaume Apollinaire(1880 - 1918)
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À travers l'Europe Guillaume Apollinaire (1880 - 1918) |
Dans le poème dédié à Chagall, c'est bien sûr le mot rotsoge qui retient notre attention. Le plus souvent on pense qu'il doit se traduire par «traînée rouge» ou «sillage rouge», épithète qui se rapporterait aux cheveux du peintre. Deux remarques s'imposent à ce propos. D'une part, la seule forme allemande possible c'est le pluriel rot(e) + Soge (nominatif), ce qui complique les choses. D'autre part, der Sog peut aussi avoir la signification de «tourbillon» ou «vortex». Dans ce cas le peintre aux cheveux rouges serait une source d'énergie comme une turbine ou une dynamo. Si cette interprétation reste toujours possible, il se peut aussi que rotsoge soit un mot argotique ou dialectal. Nous pensons ici à Blaise Cendrars, l'ami et de Chagall et d'Apollinaire, qui aurait pu les renseigner sur le dialecte de la Suisse alémanique.
[28]
Mais il y a encore une autre possibilité - plus séduisante à notre avis - que cette expression incorpore une faute orthographique qui cache son origine. Remarquons en tout cas que le mot peut être décomposé comme rote + oge. De ce fait on peut dériver l'étymologie suivante : rotsoge < rotes + oge < rotes + auge (nominatif : «oeil rouge»). Cette évolution s'expliquerait par deux processus : l'élision et la confusion orthographique. Puisque le son au [au] n'existe pas en français, Apollinaire lui aurait donné sa valeur française [o] par inadvertance. L'orthographe oge refléterait cette prononciation erronée. On doit à la rigueur supprimer la lettre s aussi selon la règle gouvernant les mots composés - d'où le mot rotauge qui existe en allemand et qui désigne le gardon. Dans ce contexte il est intéressant de noter qu'un gardon figure dans le tableau Les Charpentiers et le poisson (1912). Cependant le poisson préféré de Chagall n'est pas le gardon mais le hareng, sorte de leitmotiv dans l'oeuvre du peintre et qui se retrouve dans «À travers l'Europe» : «Ta maison ronde où nage un hareng saur». De cette façon rotsoge ne semble pas désigner un poisson mais remonte plutôt à son sens étymologique - «oeil rouge».
Remarquons tout d'abord que cette dernière interprétation s'insère dans le cadre du vers suivant où Apollinaire évoque le «visage écarlate» du peintre. Pour comprendre les deux références il faut recourir à la peinture chagallienne et en particulier à son Autoportrait à sept doigts (1912). Car si le visage représenté là est rosé plutôt qu'écarlate, en revanche l'oeil est bien rouge. C'est d'ailleurs le seul oeil rouge dans tout l'art moderne, fait qui n'aurait pas échappé à Apollinaire. Soulignons aussi l'étrange puissance de cet oeil - dont la pupille est blanche. Ses dimensions exagérées, son manque de proportion, indiquent que pour Chagall le peintre doit être avant tout un voyant. Ce qui aurait frappé Apollinaire ce n'est pas la rareté de cette image, ni son aspect étonnant, autant que sa valeur métaphorique. En consultant les Chroniques d'art, on s'étonne de voir à quel point sa critique de Chagall est basée sur le rôle de la couleur : la peinture révèle «de grandes qualités de coloris» (p. 307), l'artiste est «un coloriste plein d'imagination» (p. 391), voire «un des meilleurs coloristes du Salon» (p. 349). Voilà donc le sens de rotsoge dont la portée semble dépasser sa signification littérale. Chagall a «l'oeil rouge», c'est-à-dire l'oeil avide de rouge, parce qu'il est coloriste.Si le rouge prédomine
[29]
en effet dans plusieurs toiles (dont l'Autoportrait), Apollinaire cherche ici à évoquer sa passion pour la couleur en général. Ainsi, au lieu d'évoquer un phénomène physique (sillages, tourbillons, etc.), l'expression dénoterait une prise de position esthétique - prise de position obscurcie depuis longtemps par une simple faute orthographique.
Une citation de Godard capturée sur les ondes il y a peu!
"Le langage n'est pas fait pour affirmer mais pour discuter, échanger, comparer, céder du terrain"
et une autre de je ne sais plus qui: "De nos jours le seul "hors société" est le terroriste, l'artiste, l'écrivain, sont à présent inscrits dans la société." Ce qui, espérons-le, ne les empêchent pas de prendre du recul!
Franck VENAILLE encore et toujours descendant l'Escaut, où se meurent les friches industrielles, où la vie fermente dans les fissures, les plaies, les blessures infligées par les crises, la désaffection, l'aveuglement.
On marche dans la fêlure intime du monde
Ces soubresauts nés de la douleur primitive

Quelle est la voix qui le dira ? Quel sera
Ce corps qui saura mener jusqu’à son terme la
Valse triste ? Une voix s’élève à l’intérieur
De nous-mêmes - voix chère- exprimant ce qui s’
Apparente à l’expression de la plainte première
Je suis cet homme-là qui, tant et tant, crut aux ver-
Tiges et qui, dans la déchirure du lan-
Gage se tient, regard clair, miné toutefois, blessé,
Dans la fêlure du monde où les plaies suintes.



9 mai 2016, on réfléchit poétiquement avec Pascal QUIGNARD: extraits de Vie Secrète, Roman écrit en 1996.
13 avril, je quitte la pierre pour Les Rocs, de GUILLEVIC, poète né en...Bretagne bien sûr!
Le soir, 11 juin, il est l'heure de rejoindre mon lit au rythme des pas, des mots de Maurice Genevoix, dans "Ceux de 14- Les Eparges". Découvrez cette sorte de prière très simple qui accompagne le coucher d'un homme de bien.
Une petite visite à la grande Anna, "Avoir l' âme qui rêve, au bord du monde assise".
Et Pierre Albert Birot et ses conseils "Aux jeunes poètes"! Jules Supervielle et l'Intercontinental.
N'hésitez pas à vous perdre dans les riches parfums du terroir que vous livre Marie Dauguet, vous ne regretterez pas le voyage.
"l'émotion d'une pensée est-ce à quoi ne parvient pas le bien écrire; il faut apprendre à écrire contre, à désécrire, à excrire, alors, mais alors seulement, l'émotion ô la pensée peut naître" Mathieu Bénézet PREMIER CRAYON Grand prix de Poésie 2013 de l'Académie Française.
ChapitreXXIII
« La vie de chacun d’entre nous n’est pas une tentative d’aimer. Elle est l’unique essai. »
« Quel est le lien entre êtres qui parlent ? Rien que du rien, du sens, de l’espérance sémantique, de la mélancolie » P. Quignard précise : si le lien est la parole seule, les êtres ne sont que fantômes ; si c’es la mort, ce ne sont que cadavres en puissance ; si c’est « la monte », ce sont des animaux. « Reste l’amour. Voilà ce qu’est l’amour : ce reste indicible et immontrable » qui fuit le langage et la lumière.
« Devenir individuel, c’est désirer devenir conflictuel, devenir divisible, infiniment, sans répit. Devenir de plus en plus déchiré. L’individuel, c’est la fascination déchirée.
« Le Sujet c’est l’invisible, l’inouï....C’est l’immatériel, l’intervalle entre le fasciné et le désidéré. Le Sujet n’est rien du tout. »
« Le temps présent appelle « moi » une illusion totalement asservie et dont les ressources n’ont jamais été à ce point normalisées et collectives. »
« Le public est la fiction par laquelle la société se norme et s’emprisonne dans un modèle d’elle-même qui peu à peu la surplombe. » « Fierté vient de fauve, car c’est le bondissement de l’affirmation de soi qui ne se soumet pas à la prédiction ni à la pesanteur ni au lien. Les félins exaspèrent. »
W.B. YEATS
Extrait d’un recueil « Quarante-cinq poèmes »
Suivis de « La Résurrection »
Poésie/ GALLIMARD
THE LAKE ISLE OF INNISFREE
I will arise and go now, and go to Innisfree
And a small cabin build there, of clay and wattles made;
Nine bean-rows will I have there, a hive for the honeybee,
And live alone in the bee-loud glade.
And I shall have some peace there, for peace comes dropping slow,
Dropping from the veils of the morning to where the cricket sings;
There midnight’s all a glimmer, and noon a purple glow,
And evening full of the linnet’s wings.
I will arise and go now, for always night and day
I hear lake water lapping with low sounds by the shore;
While I stand on the roadway, or on the pavements grey,
I hear it in the deep heart’s core.
TRADUCTION PERSONNELLE DE L’ILE SUR LE LAC D’INNISFREE
Vite, me lever et partir, partir pour Innisfree
Y bâtir un humble auvent tout d’argile et de joncs :
Neuf planches de haricots, une ruche pour les abeilles
Et vibrer seul au chant ailé de la clairière.
Là-bas connaîtrai la paix, si lente la paix s’égoutte
S’écoule des mousselines de l’aurore vers où le criquet psalmodie
Là minuit n’est que brasillement et midi pourpre incandescence
Et le serein palpite sous l’aile des linottes.
Vite me lever et partir car sans fin nuit et jour
J’entends l’âme du lac, ce doux clapotis sur la rive
Où que je sois, sur la grand route, sur le morne trottoir
Je l’entends, loin au cœur de mon cœur.
TRADUCTION DE : YVES BONNEFOY
Que je me lève et je parte, que je parte pour Innisfree
Que je me bâtisse là une hutte, faite d’argile et de joncs.
J’aurai neuf rangs de haricots, j’aurai une ruche
Et dans ma clairière je vivrai seul, devenu le bruit des abeilles.
Et là j’aurai quelque paix car goutte à goutte la paix retombe
Des brumes du matin sur l’herbe où le grillon chante,
Et là minuit n’est qu’une lueur et midi un rayon rouge
Et d’ailes de passereaux déborde le ciel du soir ;
Que je me lève et je parte, car nuit et jour
J’entends clapoter l’eau paisible contre la rive
Vais-je sur la grand route ou le pavé incolore,
Je l’entends dans l’âme du cœur.
MAURICE GENEVOIX, Ceux de 14-Les Eparges
La vie profonde
Recueil : Le cœur innombrable (1901).
POEME GENRE DIDACTIQUE (mise en garde de l'auteur...) extrait de
La Lune ou le livre des poèmes
Copiez, copiez Religieusement La Vérité que vous êtes Et vous ferez un poème A condition que vous soyez poète.
Regardez dehors et dedans
Avec toutes les cellules
De votre vous
Et voici que vous êtes riche
Mais n'en dites rien à personne
Pour aujourd'hui
Ne faites pas le nouveau-riche
Apprenez les bonnes manières
Car la Fortune est peu de chose
A qui ne sait pas s'en servir
Vous voici fécondés
Tous ces immatériels matériaux
Maintenant
Portez le monde qui va naître
Parfois aux lois des autres
Parfois encore et surtout
Et vous serez aimé des mots des son des rythmes
Soyez triple comme une dieu
Et naîtra le poème
Mais j'aurais dû tout simplement vous dire
Religieusement
A condition que vous soyez poète

L'intercontinental Jules Supervielle
Jules Supervielle naquit en 1884 à Montevideo, et devint orphelin quelques mois plus tard, ses parents ayant succombé probablement au choléra (consommation d'eau polluée) pendant des vacances en France. Il est alors élevé par son oncle et sa tante, également installé en Uruguay, et ne découvre son état d'orphelin qu'à l'âge de neuf ans. Il commence alors à écrire un recueil de fables. Puis sa famille se réinstalla en France, ce qui ne l'empêcha pas de rester très attaché à l'Uruguay, comme si ce pays symbolisait sa mère perdue trop tôt. En 1922 fut publié son troisième recueil de poèmes, Débarcadères . Il se lia d'amitié avec Rainer Maria Rilke, Jean Paulhand, Henri Michaux.
Jules Supervielle dans Le Forçat Innocent tente de saisir l'instant, le temps, l'objet, la femme, et comprend à travers cette tentative la richesse de la confiance, de l'abandon, de ce que l'on nommerait aujourd'hui "lâcher-prise". Un petit ensemble de poèmes intitulé SAISIR, livré à votre découverte.
Saisir le pied, le coude la femme couchée
Et puis ouvrir les mains. Combien d'oiseaux lâchés
Combien d'oiseaux perdus qui deviennent la rue
Mais vous vous userez
A ce grave jeu-là.
Il faudra vous couper
Un jour, vous couper ras.
Ce souvenir que l'on cache dans ses bras, à travers la fumée et les cris,
Comme une jeune femme échappée à l'incendie,
Il faudra bien l'étendre dans le lit blanc de la mémoire, aux rideaux tirés,
Et le regarder avec attention,
Il y a là maintenant un grand corps absolument nu
Et une bouche qu'on croyait à jamais muette
MARIE DAUGUET
Participante d'un atelier de partage de poésie, j'ai été amenée à rechercher des poèmes sur le thème du parfum. J'ai ainsi pu constater que les poétesses étaient plus sensibles aux parfums que leurs viriles confrères, et curieusement moins présentes dans les anthologies de poésie, même quand elles ont été couronnées de prix de l'Académie Française.
Un exemple parmi d'autres, Marie DAUGUET.
Une vie: Julie Marie Aubert naît à La Chaudeau (commune d'Aillevillers) le 2 avril 1860. Elle vit librement dans la nature, qui sera sa grande inspiratrice. En 1875, ses parents s'établissent aux forges du Beuchot. Elle y épouse Henri Dauguet. « D’esprit cultivé, de sympathie large et ouverte à tout ce que je formulais de ma pensée ou de mes rêves, je lui dois l’éclosion de ce qu’on veut bien m’accorder de talent. ». Le couple aura une fille. Marie Dauguet en 1897 fait paraître son premier ouvrage, La naissance du poète. Elle collaborera à plusieurs revues : Mercure de France, Minerva, La Fronde, Revue Hebdomadaire, La Plume, Poésia… Quoique vivant à l'écart, elle connaît le
Son recueil Les Pastorales publié en 1908 nous transporte à la campagne grâce aux bouquets d'effluves odorants qu'il nous offre.

Je vivrai dans l'odeur des glèbes embuées,
Quand on attache ,en mars, les bouvaçons au joug
Et qu'ils s'en vont traînant, sous la rose nuée,
La charrue ou la herse aux cahotants écrous.
Je vivrai dans l'odeur du marécage roux
Lorsqu'au nerveux soleil, qui sous l'eau les chatouillent,
Entre les iris blonds les carpes dorées grouillent
Et fraient, collant au sol vaseux leur ventre doux.
Quand la sève en vertige , avec des frissons blêmes,
Met au coeur de la plante un sensuel émoi
Et fait jaillir la fleur du bourgeon trop étroit,
Je vivrai dans l'odeur du grand spasme suprême.
Je vivrai dans l'odeur des succulents épis
Que nourrit la clarté vivante du soleil;
Dans l'odeur des troupeaux, par les sombres vermeils
Broutant, et des ruchers sous leur vieux toits tapis.
Je vivrai dans l'odeur des couchants évirés
Sur les marais plaintifs où s'effeuille l'automne,
Et dans celle du vent, monotone cromorne,
En hiver poursuivant ses refrains atterrés.
Je vivrai dans l'odeur fluctueuse du temps,
Depuis avril dansant sa danse orgiastique,
Jusqu'à décembre noir au sommeil léthargique,
Dans l'odeur de la brise et celle des autans.
Pour l'avoir déchiffrée, l'énigme au sens profond,
Et fervemment chantée,mieux que nul autre sur
La musette rustique et le flageolet pur,
Je vivrai dans l'odeur divine des saisons.

LES SI NAÏFS PARFUMS
Les si naïfs parfums fanés et radotant
Qu'exhalent les seuils gris du village en automne,
S'entournant et si doux, voguant parmi le temps,
Tournoiements, dans le vent, de binious monotones.
Les si naïfs parfums, sourds bruissements de vielle,
Des cuisines noircies au lit à baldaquin,
Où quelque mère-grand, en fruste casaquin,
File près du foyer. Les parfums de vieux poêles
Où pend aux murs le crucifix, où l'ombre ourdie
Parfois est traversée d'un jet de soleil rouge
Qui perce l'épaisseur de la vitre verdie
Et sur le dos du chat poussiéreusement bouge.
Marie Dauguet Les Pastorales 1908
LA MARSEILLAISE DES COTILLONS 1848
(en l’honneur des Vénusiennes, ancêtres du féminisme)
1Tremblez, tyrans portant culotte !
Femmes, notre jour est venu :
Point de pitié, mettons en note
Tous les torts du sexe barbu ; (bis)
Voilà longtemps que ça dure,
Notre patience est à bout.
Debout, Vénusiennes, debout,
Et lavons notre vieille injure.
Refrain
Liberté, sur nos fronts verse tes chauds rayons ;
Tremblez, tremblez, maris jaloux,
Respect aux cotillons !
Eut soin de proclamer ses droits ;
Créons des droits à notre usage,
A notre usage, ayons des lois ! (bis)
Si l'homme en l'an quatre-vingt-treize
Eut soin de ne songer qu'à lui,
Travaillons pour nous aujourd'hui,
Faisons nous une Marseillaise !
Refrain
Liberté, sur nos fronts Verse tes chauds rayons ;
Tremblez, tremblez, maris jaloux,
Respect aux cotillons
3 Jusqu'à ce jour, dans ce triste monde,
Tout était borgne ou de travers ;
Partout, sur la machine ronde,
La femme essuyait des revers.
Qu'un pareil chaos se débrouille,
A nous de battre le tambour !
Et vous, messieurs, à votre tour,
Filez, filez votre quenouille.
Refrain
Liberté, sur nos fronts verse tes chauds rayons ;
Tremblez, tremblez, maris jaloux,
Respect aux cotillons
4 Combien de nous furent vexées,
Depuis le matin jusqu'au soir !
Nos pauvres paupières lassées
De pleurs étaient un réservoir. (bis)
Prenons, prenons notre revanche ;
Que le sexe battu jadis
Aujourd'hui batte ses maris.
Ainsi nous serons manche à manche.
Refrain
Liberté, sur nos fronts verse tes chauds rayons ;
Tremblez, tremblez, maris jaloux,
Respect aux cotillons
5 On dit qu'Ève, notre grand'mère,
N'avait chemise ni maillot ;
Supprimons notre couturière,
Oui, la couturière est de trop.
La liberté, chaste amazone,
N'admet ni voiles ni verrous ;
A la barbe de nos époux
Luttons comme à Lacédémone
Refrain
Liberté, sur nos fronts verse tes chauds rayons ;
Tremblez, tremblez, maris jaloux,
Respect aux cotillons!
Il n’est pas nécessaire d’écrire pour être poète
Léon-Paul Fargue, Notes sur la Poésie, 1941
Il se trouve ça et là, dans l’apparence chaotique du monde, un point de l’espace, un moment de la durée d’où peut sortir, pour la t^te et le cœur de l’homme remué de passions et de doutes, un ordre secret, d’une harmonie profonde, un accord plein que lui seul peut entendre. De cette rencontre peuvent naître le poème qu’on veut écrire ou le bonheur qu’on veut garder pour soi.
Car il n’est pas nécessaire d’écrire pour être poète. Il faut et il suffit d’être en état de grâce et de contemplation. (....)
De tous temps la poésie fut toujours ce qu’il y a de plus « moderne », de plus dynamique. Elle est là qui nous précède et qui nous entraîne vers l’avenir. Quand les livres seront morts et leurs lecteurs, quand snobs et sous-critiques, complexes de mondains et reliefs d’intellectuels auront basculé du côté de l’ombre, la poésie ne se sera pas tue. C’est peut-être la seule chose éternelle. Et ne resterait-il plus rien de cet univers, la poésie du vide s’esclafferait, seule, dernière, définitive, sans commencement ni fin, pardonnant même à l’Absolu de l’avoir fait vivre un temps parmi des plumitifs et des versificateurs...
La poésie n’a lieu que pour quelques uns. Et pourtant, elle se manifeste partout. Dans le cimetière de nos jours sombres, elle n’a jamais été plus étincelante de vitamines. La catastrophe lui rend des facettes, amplifie ses sonorités, multiplie ses prolongements. Il y a olus de poésie aujourd’hui que du temps de Sardanapale ou de celui de Sully Prudhomme. Plus nos malheurs s’accumulent, plus nombreuses seront ses sources (....)

UNE CITATION DE JEAN-LUC GODARD
"Le langage n'est pas fait pour affirmer mais pour discuter."
Discuter? Dans ce verbe j'entends: échanger, comparer, céder du terrain ou en gagner, peu importe puisque au bout du compte j'ai visité un autre univers que le mien et peut-être collecté quelques plantes pour enrichir mon jardin.
Et encore JL G. :
"Le seul "hors société" est le terroriste, l'artiste et l'écrivain sont à présent inscrits dans la société."
Mon commentaire
Les plus connus sans doute. Pour ceux qui n'ont pas accès aux médias et aux marchés de l'art quel qu'il soit, parce que pas le bon profil, pas les bonnes relations, hors du courant à la mode, le chemin de la notoriété peut être interminable, l'occasion pour eux de découvrir qui sont leurs vrais amis.
ODE A LA CONTEMPLATION
La contemplation n'est-elle pas aux antipodes de la consommation? L'art de cueillir avec les yeux, les oreilles, la peau, le nez, la langue et le palais, et s'en tenir là, ne pas franchir la clôture, contempler, revenir les mains vides, le ventre creux, mais le coeur et l'esprit nourris de beauté.
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SAMPO, Poète japonais
"J'avais pris mon couteau
Mais je suis revenu les mains vides...
Cette rose était trop belle."
Parfois je me dis, moi, Agnès:
"J'avais pris mon appareil photo
mais je suis revenue sans album
La Forêt était trop belle
Trop vive, trop flamboyante."
Mon être pourtant irrigué de vie,
de joie d'énergie.
Et j'aimerais que parfois tu te dises:
"J'avais en moi libéré Dom Juan
Discrètement, l'air de rien
Puis dégainé mes mains, ardentes exploratrices
Mais je suis revenu sans trophée.
Le jardin était trop beau trop grand
Trop mystérieux. Je craignais d'en
Ecraser les fleurs rares, d'en blesser le sol fragile,
D'en polluer les parfuls subtils,
Et même de m'y perdre.
UNE GRANDE DECOUVERTE, "LES POEMES BLEUS" de Georges Perros
Les guerres n'est-ce pas
Ça éclate ça mobilise
Ça fait quitter son foyer
Les hommes trouvent normal
D'aller à la guerre
Comme on va aux champignons
Les hommes ne sortiront jamais
De cette ornière
La guerre est un bail à renouveler
La guerre est devenue
La condition de la paix
La révolte de la sérénité.
Tant que les hommes sages
Diront oui
À la guerre
Où on les envoie
Sans qu'ils sachent très bien pourquoi
Tant que les hommes ne diront pas
Non
À ce goût qu'ils ont de l'aventure
Quand elle les rend plus amis
Qu'ils n'auraient jamais osé l'être
Dans la quotidienneté
Tant qu'on tuera des hommes
Comme on tue des puces, des moustiques,
En disant que c'est terrible, ces petites bêtes
De les tuer,
Tant que la passion d'être
Aura partie liée avec le meurtre
Tant qu'il y aura des comédiens
Qui joueront avec talent
Ce qui fut vécu
Ce qui le sera
Mais ce qui ne l'est jamais
Ce qui ne peut l'être
Pendant leur propre, leur pauvre existence
Tant que nous aurons besoin
De nous dédoubler, de nous divertir
D'apprendre avec émotion
Nostalgie
Culpabilité
Que des hommes meurent
Pour des raisons
Qui nous paraissent vraies
Incomparables
Et que nous en parlerons
Avec émotion
Frissons dans le dos
Un whisky-soda s'il vous plaît
Ce sera non.
La guerre entre les hommes
Est peut-être inévitable
Un mauvais rêve du bon Dieu
Tout le troupeau en uniforme
On y court tous comme des lapins
À la guerre.
Nous avons fini par comprendre
Que nous sommes tous colonisés
Que l'homme est une colonie
Apte à la liberté d'être
Qui commence
Par le partage du pain et du vin
Et si personne ne fait ce pain
N'écrase ce raisin
Eh bien nous apprendrons à faire
À écraser, à sulfater, à pétrir
Nous deviendrons des paysans
Ce que nous sommes tous
Malgré la citadineté
Qui nous enveloppe
comme des saucissons, des momies.
La terre n'en tournera pas moins
Comme une folle
Autour du fou par excellence
De ce sanglant dégoulinant
Qui sait si bien
Nous foutre mal au crâne
Et nous noircir la peau
De cet ivrogne dans l'azur
Qui fait mûrir
Qui fait pourrir
Qui dit le sec et le mouillé
Sur nos fronts partitions striés
Sans la moindre musique à l'intérieur
Rengaine où sanglote la source
Barques sur le dos
Ô nos révoltes grains de sable
Poussière dans le vent fané
Qui nous redira folle course
La joie farouche
Des chevaux du langage
Quand tout était encore tremblant
D'avoir liberté de mourir
Quand tout faisait encore semblant
De l'oublier dans un sourire
Les temps sont venus de la mort
De qui portes-tu le deuil, Terre,
Grosse de tant de cadavres
Que leur innocence a trompés
Mais dont l'âme flotte
En nos rêves
Nous ne pourrons jamais plus vivre
À marcher sur vos jeunes os
À piétiner votre colère
Nous ne pourrons jamais plus rire
Comme il faudrait de bas en haut
La glotte folle,
Avec cet ogre en nos poitrines
Qui nous ronge nous fend la peau
Allez
Car nous serons bientôt ensemble
Dans la bohème du caniveau
Nous fuirons en faisant la planche
Vers d'autres rêves d'autres feux
Autour desquels perdre nos rimes
Qui ne sont plus d'amour
Ni d'aise
Il est fondu, notre métal
Nous nous retrouverons bientôt.