Quand
Sous l’auréole des soirs grisonnants
Entre les lèvres d’ombre des recoins dormants
Disparaît hâtive la lumière
Par-ci parfois la pendule de Mère-Grand
Ayant vidé la coupe de son pétillant cadran
Se met à tourner à l’envers
A mouliner en marche arrière
Les eaux vives de la rivière
Histoire de revoir les sources qu’on veut croire d’innocence
Les lacs d’enfance
Les torrents adolescents
Ces eaux où virent tournent et s’égarent
Les poissons de mémoire
Parfois fuyant sous les pierres
Parfois jaillissant au grand air
Insolentes flèches solaires.
Ils balbutient des colliers de bulles
Chargées de souvenir.
Dans la chambre noire des trous d’eau
Ils déroulent la pellicule
Développent les photos
Fragiles instantanées
De ses années
De petite fille
De jeune beauté
De femme passionnée
De mère tirant l’aiguille.
Est-ce leur nageoire ventrale qui
Des algues giratoires caressant les spirales inspirées
Réveille les mélodies ?
Alors dans la nuit d’encre des grands fonds étonnés
S’élèvent de vieilles ballades, des chansons à sourire
Des chachas, des tangos, des valses chaloupées,
Si bien qu’elle en oublie le pont de ses soupirs
Soudain elle a vingt ans et elle a tout son temps.