C'est un texte écrit il y a bien longtemps, qu'il m'a plu d'exhumer ce jour où la "meteo" exige que nous dépassions fatalisme et sentiment d'impuissance. Beaucoup de petites voix finissent par former une rumeur, un choeur puissant, un esprit vivace.
Fragile et cherchant dans la nuit un refuge
J’avais dérivé loin de moi en tous points,
Aspirée par un mur tournant comme un manège.
Mais la bouée d’enfance à l’aurore éclata, et je tombai
Dans un étroit jardin,
Flûte en roseau à tous les vents ouverte mais démunie de cris,
De prophéties, muette soumise
Des nids déserts.
Soudain l’étroit jardin devient l’antre des trilles
D’un merle délivré du silence de l’aube et voilà
Les sorbiers submergés de vagues d’étincelles,
Hérissés de rires fous jaillissant cascadant jets d’eau incessants,
Par des doigts d’artificier acrobatiquement jonglés dans les replis
D’un palpitant gosier.
Glorieux et terrifiant concert qui
Plus fort encore resserre le bâillon sur la bouche étrécie du roseau.
A la fourche du jour, un roseau au parfum de sanglot,
Une flûte sans voix désespérée de ses dons si petits.
Mais j’entends les pleurs de mes mots délaissés,
De mes murmures abandonnés,
Et rassemble mon souffle et compte sous mes doigts
Les trous de mon roseau :
Modeste et brave ma chanson aux trilles du merle répond.