Avant d'être avalées par le temps
Les mères de la vallée d'hiver en hiver
Dévident par douzaines, bleus, jaunes, gris, verts,
Les écheveaux de laine.
Tourniquets de leurs bras et crocheteux leurs doigts,
Et roulent les pelotes et les aiguilles cliquettent
Avant d'être lavé par le vent
Le ciel, de printemps en printemps,
Enroule ses tresses de coton,
Cirrus, stratus, brume de beau temps,
Autour des cornes et des dents,
Des aiguilles et des monts.
Et déferle la grêle et les enfants grelottent.
Avant de s'en aller à vingt ans
Les fils du danger d'été en été
Lovent leurs filins, bleus, jaunes, rouges, verts,
Au pied des parois, à l'ombre des dévers,
Et tintent les mousquetons et sifflent les cordes.
Avant de rouiller en plein champ
Les dérouleuses de saison en saison
Dépouillent les lourdes bobines de bois,
Et câbles électriques et câbles de traction
Taguent à l'encre de chine les murs de la routine,
Et grincent les poulies et les hommes contrôlent.
Avant qu'un jour, une nuit, mon stylo ne se taise,
En aurai-je dénoué d'automne en automne,
Des fils d'encre noire, curieuse, monotone,
Chargés de désirs bleus et de grises pensées,
Musique silencieuse, melodie du désert.
Et se joignent les mains sur un coeur apaisé.