Vieillesse grise glisse insidieuse ses doigts furtifs autour des cous fragiles,
Avance le front courbé sur son chariot d'osier,
Compte ses pas, ses fêlures, mesure son souffle, ses efforts.
Mais résister, rire et chanter, et avancer le long des quais
Là où la rivière nous mène.
Chercher dans le soleil le feu de nos passions.
Aimer par dessus tout, par dessus les rides, par dessus les lunettes.
Cultiver la beauté des corps devenus vieux
Sculptures du temps, livres d'histoires,
Habités comme le sont les théâtres grecs et les villas romaines,
Les églises romanes, les villages bretons.
Avec tendresse cultiver l'art d'accommoder les restes.
Entre les lèvres minces chercher la parole
Traquer la musique au tréfond de nos tripes comme le joueur d'harmonica
Qui jamais ne lâche la ligne mélodique inscrite dans le va-et-vient de son souffle;
Qui va jusqu'au bout de son âme et de ses forces
Comme pour s'acquitter envers lui-même et pour les autres
D'un mystérieux devoir
Ou libérer un oiseau de sa cage.