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MARCHE DE TOUTES LES COULEURS/DOULEURS
Matin mes semelles gaufrées grommellent sur le gravier
chemin cordon invisible pulsant le sang des crêtes grisonnantes.
A la proue du village la nef aux ailes d’ardoise le clocher comme un cou emmanché d’un gros bec
la poule couve les tombes caquète un grêle carillon vent du nord les stèles claquent des dents.
Au loin dans les marais peur fièvre je t’entends qui frissonne
Je te sens chercher l’air t’agripper aux pierres branlantes du jour suivant ton sang déconne explose devient tout blanc vertige de la déconnexion aplasie germe incendie intestinal on t’a branchée chimio cathéter perfusion cordon sanitaire contrée étrangère doigts cramponnés au protocole.
Cramponnés au ciel bleu les rocs harponnent les flocons vaporeux vent d’ouest la forêt bat de l’aile et grince là-bas et
toute proche je t’entends gémir mouchoir entre les dents chambre d’hôpital tu vomis tu te vides cathéter aplasie intraveineuse le liquide cogne et sonne ébranle chaque articulation
traitement de choc pour ta moelle osseuse comment bouger comment ne pas bouger mourir d’immobilité chaque minuscule mouvement arrache des cris au silence des murs
Les clôtures les haies la prairie en couleurs le ruisseau enfantin les clarines à l’alpage
dans la forêt d’ombre de soleil troncs foudroyés blocs de pierre brisés
là-bas sur ton matelas toi engluée dans la fièvre piégée par les ronces fourmis rouges pierres coupantes les pieds les mains le ventre barbelés cotonneux de l’asthénie fatigue infinie sabres croisés de la douleur brandis devant chaque assaut de la respiration chaque tentative d’évitement de contournement
Frayeur la terre mordue les pierres éjectées les mottes explosées crépitement enfer silence ébranlé assaut effréné des vélos tout terrain catapultés dans la descente vite vite on évite le mystère on passe le mur du son urgence de l’instant empreinte d’éternité illusion nécessité écartèlement
là-bas dans mes bras tes mains collées au drap tes pieds paralysés écartelée contre le mur pas demain que tu feras le mur après-demain où seras-tu
Pour toi je marche au pied des pierres qui crient tous les cris que tu serres entre tes côtes ne pas souffrir plus encore ne pas effrayer les murs les couloirs à la proue du village la poule couve les tombes grêle carillon grêlons de douleur je marche de toutes les couleurs grimpe la côt de toutes les douleurs
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