MIROIR D’ETERNEL
En robe de bure et surplis d’écume
L’amère merveille de la mer
Et le murmure des murs
De l’Abbé de la Baie.
Par haute et basse marée
Défi de noir diamant ce sein
De pierre dru comme un cri jaillit
A l’encolure velours des prés salés
Et le ciel de laiteuses nuées
Nourrit, comme il encense
La plaintive litanie des
Oiseaux de mer
Et prend dans ses filets
Les âmes baptisées au galop
Des marées de légende.
La grise ombrelle
D’un cumulus
De l’horizon resserre
Les frontières et les doigts
Du soleil dans l’huile des ardoises
Se débattent s’enlisent. Aucune esquive
Ni havre en paix.
Le Mont hors sa baie
Serait orphelin. Le Mont sans
Son Saint serait une plage. Le Mont
Sans marées pleurerait ses
Mythes et la Baie sans
Mont changerait
De nom.
En son paradis
Saint Michel sourit et
Compte les anges qui hantent
Ses songes quand haute marée déroule
Ses draps brodés de séductions
De soupirs de baisers et que
La Baie devient désir
De ciel miroir
D’éternel.
LA BAIE
De la sente les longs cheveux verts
Aux caresses de brise
Bruissent
Aux bourrasques du large
Fléchissent.
Sous la grêle des petits sabots
La houle des toisons
Au rythme des pas des géants
Et des hommes résonne
La crécelle des sables.
De par-delà le monde apparent
Les paupières de la baie
Accueillent
Le flot d’un long regard
Tissé
De soleil et de pluie dont se lèvent
Tant de mers intérieures
Révélées
Au miroir de l’étale
Fidèle.
LES SABLES MOUVANTS DU SILENCE
Sur les sables mouvants du silence
Les rafales incertaines
Des cris égarés
Mènent dans l’anse les contredanses
Sur l’air de l’angoisse reine !
Rêve piétiné.
Le jour l’enterre poignées de lumière
Sur le cercueil du sommeil
Ardoise effacée.
Gaillardes labeur danses guerrières
C’est l’homme qui appareille
Largue les jetées.
Sur les sables mouvants du silence
Glissera l’ombre éphémère
Cantique oublié.
La nuit vague après vague s’avance
Submergeant toute lumière
Néant déplié.
Matin béate la Baie s’enchante
De sa perle noire et blonde
Grain d’éternité.
Soir la Baie sur sa fin se lamente
Sœur des beautés de ce monde
Rêvant de pitié.