
D’où viens-tu Gitan ?
La question rebondit dans la nuit du temps.
D’où viennent les australopithèques,
Les « homo erectus » exhumés au Moyen-Orient, Israël,
En terre européenne, Géorgie, Tautavel, Espagne ?
D’Afrique mais par quel chemin ?
.
Ne les oublie pas.
Ne l’oublie pas l’homo erectus la mulier sapiens quittant l’Afrique il y a
Longtemps si longtemps des milliers d’années
Pas très lumières.
Sur quelles embarcations pour accoster arriver
Sur les côtes sur les rives de l’Inde
Puis vers le pays où se lève le soleil ?
Le Pakistan Java il y va.
Quel désir quelle espérance le portent toujours plus loin.
Est-ce la gueule en feu d’un volcan qui lui fit renoncer à son rêve
De surprendre au nid le soleil ce bel oiseau de flamme?
Volte face du premier colonisateur
La migration d’est en ouest s’élance.
Une halte à Dmanisi au sud-ouest de Tbilissi.
A la même époque le mental africain est différemment développé
La technologie plus élaborée.
Tiens, tiens...
Et puis et puis de bivouacs en cueillettes
De chasses en découvertes
De dégels en glaciations
D’Europe Centrale en Autriche
Et de là vers Tautavel ?
S’y heurte-t-il contre les Erectus de Gibraltar ?
Ne les oublie pas.
Les Barbares les Huns et tous les autres.
Pas plus que les Gitans quittant l’Inde
Pour se faire Bohémiens Tziganes Cigognes
Migrateurs de bonne heure jusqu’à n’importe quelle heure.
Ne les oublie pas les Italiens des renaissances
Mosaïstes et maçons
Peintres et musiciens
Du Val de Loire de Lisieux de Paris
Les Ritals de Cavanna de New-York et de la Plata
Les Espingouins qu’on montrait du doigt
Pour leur vert sillage fleurant l’huile
Leur accent à dormir à la belle étoile.
N’oublie ni Pépé ni la Justa
Venus des froids plateaux au-dessus de Burgos
Ni la paella ni la sangria.
Ne les oublie pas les Russes
Blancs vert de gris ou complètement gris
Leur cirque leurs voix profondes comme la steppe
A pleines poignées de flocons glacés pour en faire
Des résistants. Et
Les accordéons les balalaïkas
Les blinis et la vodka la poésie.
Les Polaks qu’on envoya cogner
Fort et longtemps dans les filons d’anthracite
Où rôdait le grisou. Des skis dont les skas
Faisaient le ménage et le repassage.
Et leurs grandes vacances quand l’automne
Les convoquait aux vendanges en Champagne.
N’oublie pas les bannis poussés vers l’Algérie
Qui n’étaient pas toujours des bandits.
Ni les harkis acquis à la France et si peu accueillis.
N’oublie pas les « bicots » dans l’été noir
Des laminoirs serrant les dents
Sous le grincement des ponts roulants.
N’oublie aucun de ceux
Qui nous ont fait la vie moins dure moins chère.
Pour un petit salaire
Qui à leurs yeux étincelait telle une chimère
Ils traversaient le désert et la mer.
N’oublie pas les Chiliens, les Argentins,
Les Brésiliens fuyant les dictatures et
La torture, Mercedes, Julio, Nazaré,
Qui ont débarqué les bras chargés
De sourires de musique et de danse
D’exotisme et d’espérance.
Les Iliens leurs épices salsas et biguines
Leur parler tropical.
Ne les oublie pas.
Les Grecs et les Turcs
Marocains et Tunisiens ne
Les oublie pas de l’aube jusqu’à point d’heure
Auréolés de la lumière fantomatique
De leurs gargotes de leurs boutiques.
Les Libanais les Syriens,
Les Ethiopiens
Les Maalouf les Chedid
Le taboulé le tajin le couscous le thé à la menthe
N’oublie pas tous ceux que j’oublie
Qui se sont emmêlés à notre identité
L’ont fécondée enrichie d’images de couleurs
De saveurs et d’accords nouveaux
De mots qui font rêver et voyager.
Ne les oublie pas
Tu risquerais de t’oublier toi-même.
