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Leurs doigts de désespoir   

Trop longtemps restés sans boire 

Broient à la fois le noir   

La terre et les cailloux   

Effrit’ les rêves desséchés les mottes   

Pas de pluie au ciel,   au puits pas de flotte   

Au bord des paupières les larmes clapotent 

 

Tant de larmes versées  

Ont creusé de longs sillons  

Où le sel a fleuri  

Et,  brûlant  l’illusion   

D’ une consolation,  coupé les ailes  

Des oiseaux migrateurs, ces grands voiliers. 

Le monde est rouge sang soudain si vieux. 

 

Trop de larmes versées 

Ecorchent  les nuits les lieux 

Paupières scellées des yeux 

Par centaines bras croisés   

Aveuglés, les premiers comme les derniers   

Entre deux oreilles à la cire bouchées,  

Constamment piétinent futur et passé.    

 

Pour eux ne  refleurissent   

Ni graines ni francs sourires 

Oublieux le temps glisse  

Sans  jeter ses couleurs  

Sur l’avenir, ni semer ses bonheurs  

Dans les gris replis d’âmes éperdues 

De mains nouées, écartelées, déçues.  

 

Leurs doigts de désespoir 

En vain cherchent  les tam-tams  

Qui raniment la flamme   

S’agripp’t au bateau, rêvent, mais   

Le bateau prend l’eau, perd ses rames, rend l’âme, 

Par brouillard  divague, sur la lame explose, 

Gerbe de larm’, tombeau d’un’ vie en ros’.

 

Leurs doigts de désespoir

S’ils ont encore des ongles

Rêvent de les planter dans la crinière des vagues,

Ces chevaux galopant vers la lumière du soir.

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