DE BEAUX DRAPS
Ce sont tous tes draps
Que tu étincelles de ta vie
Ta vie de folies d’ermite aguerri
Les draps de fête aux rabats
Ourlés et ajourés
Tous les matins arborés à ta fenêtre
Faseillant comme des grand-voiles privées de vent.
Tes draps éclaboussés d’étoiles
Tes beaux draps des mauvais jours
Comme des pages de ta biographie
Tout juste sorties de l’imprimerie
En 3D réalité augmentée
Sonorisée effet « surround »
Tes draps de Champs-Elysées
Un matin de quatorze juillet
Où c’est dans un petit miroir
Que défile la Grande Armée
La Grande Armée des jours de gloire
Le jour de leur arrivée
Après avoir chanté le Chant du Départ.
Draps de tes pajots de fortune
Quand tu dormais veillée par la lune
A proximité du Chat Noir
C’était à Montmartre le soir
Parfois « Au Soleil de la Butte »
Parfois « Au Lapin Agile »
Ce n’était pas toujours facile
De faire sa place entre les draps des autres
Les tas de draps sales lavés en famille
Les draps vierges des bons apôtres
Les draps rêches des filles
Celles de joie, celles de l’assistance,
Qui rêvaient d’entrer un jour dans la danse,
Danse du mouchoir grand comme un drap de lit.
Puis un jour viendra où
On te roulera dans un drap
Un drap particulier
Où tu reposeras seule
Alors que tu n’auras plus besoin de te reposer
Tu sais ce drap qu’on appelle un linceul
Dans lequel tu te plieras à ce repos imposé
Le cimetière latin s’écrivait :
« Coemeterium », ce qui signifiait :
« Lieu de repos ». Co...Lieu collectif
Eloigné, extérieur, comme l’exprime la racine
Emeterium : belle racine latine.
Repose-toi de quoi ? Repose-toi sur quoi ? Crois-moi,
Peut-être trouveras-tu, peut-être pas
Méditant sur la voie
Ou guettant la voix
Qui en murmurant t’accueillera :
« Bienvenue à toi. »
Une chaude lumière traverse tes paupières
De sa main rêche
Un drap rugueux réveille ton menton
T’empêche de dormir en rond :
« Tu te dépêches ?
Oui ou non ? »
Le jour se lève au son du clairon
La couverture décolle monte vers le plafond
Pour y classer les rêves
Selon qu’ils sont promesses mises en garde ou passions
Dans d’invisibles boîtes
Petites serres humides
Où après une trêve
Un jardinier sérieux comme un caporal
Mais pas du style à faire la morale
Vient les nourrir d’aliments pour rêves
Afin qu’ils poussent en force et en souplesse
Qu’ils te mènent dans la liesse
Vers la cible maîtresse
Sans laquelle ta vie ne serait que détresse
Dérivant poussée par les vents les courants
Lançant des SOS !
Fais des pieds et des mains
Lève-toi déesse
Ta vie a faim de ta lumière, de tes désirs et de tes rêves.