PAPAVER ORIENTALIS
Né sous le signe du pavot
Surement attiré par l’Orient
Pourtant autrefois maraîcher
Métamorphosé en jachère mal léchée ?
Il y a deux ou trois ans déjà
Un banal pavot mauve
Aux pétales soulignés
D’un coup de pinceau chargé de khôl
S’installe dans un coin ensoleillé
S’épanouit, se divertit du vol
Des passereaux, du tissage
Des araignées
Du papillon frivole
Qui vire et volte alentour des saxifrages.
Le pavot se fane, reste une cosse
Sphérique, percée de trous telle un poivrier.
De secouer ce curieux poivrier
Me vient l’idée
D’arpenter mon gazon clair semé
En agitant les maracas du moulin à rêve.
Au printemps suivant ma pelouse à trous
Se réjouit du voisinage un peu fou
De feuilles d’un vert de gris plein de grâce
Disposées en rosaces éparses
Puis je vois fleurir un pavot étrange
L’équivalent « botanicus » d’un nu de Rubens
Voluptueux dans tous ses roses
Du plus pâle « églantine »
Au « rose shocking »
Que créa en 1937
Elsa Schiaparelli
Nuance qui un temps fit fureur auprès des belles de la Jet Set
Ainsi va la vie
Dans les froufrous de sa corolle de jupons roses la Schiaparelli
De mon jardin introverti
D’un coup en fit un jardin aux sortilèges
Sans doute grâce aux abeilles
Infatigables généticiennes
Livrant le pollen
De pivoinier en pavot
Si bien que la floraison prochaine
M’offrit un royal cadeau
Isolé au milieu des pavots demi-deuil.
Cette année
Ayant décidé d’enfin planter une glycine
Je creuse dans le sable
Terreau engrais
Je pose la motte et son sujet
Est-elle bien stable ?
Pour amender encore le terrain d’accueil
J’élimine plus de ce sable
Qui parle du dernier chantier
Pour le remplacer par plus de terreau.
Ma petite pelle d’un coup exhume
Une vieille étiquette en plastique polychrome
Pareille à celles que l’horticulteur agrafe
Aux pots en plastique noir
Où patiente la plante
Ou bien fiche en terre au pied de la belle.
Identité : « Papaver Orientalis »
Couronnes de pétales foisonnants
Qui d’un feuillage vert jaillissent
Les couleurs sous terre se sont fanées
Et d’humus sont maquillées
En sa base l’étiquette s’effile telle une lame.
Le pavot en cette terre sableuse
Est donc chez lui et depuis longtemps
Quarante ou cinquante ans ?
Normal pour la plante d’Orient
Qui comme le marchand de sable
Sème des rêves dans les cervelles
Donne aux désirs des ailes
Aux mirages d’oasis du désert
Des palais des mille et une nuits
Hantés d’émirs cruels et de Shéhérazads
Déversant leurs contes en interminables rasades.
Et m’inspire des poèmes en volutes bleutées
D’extases parfumées.