Overblog Tous les blogs Top blogs Littérature, BD & Poésie
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU
Publicité

Moins de rires, moins de chansons,

Juillet déjà fait ses valises.

Pourtant tout près

Le fleuve quittant les écluses et les digues soudain se sent à l'aise

Et baigne et rabâche ses pieds dans la mer,

Ses pieds encore et encore émerveillés de cette étrangeté

Mouvante salée fredonnante....

L'estuaire bâille béat comme un dimanche en bras de chemise.

Juillet pourtant fait ses valises.

Sur l'autre rive deux cheminées sans panache

Comme les colonnes d'un temple évanoui:

Absence d'ombres plus sombre que l'ombre même.

Vers le ciel vide les grues braquent la rouille de leurs canons crispés,

Immobiles

Les ponts roulants dressent contre les marées mordantes d'un grand cirque mondial

Le rempart dérisoire des nervures d'un feuillage consumé.

Les dockers ont déserté la piste.

On devine

Comme rangés dans une vitrine non réfrigérée

Les réservoirs de gaz liquide

Jaunissants bavarois de plastique

Et le profil brouillé des digues et des jetées

Dont la plus longue meurt au large comme une coulée de lave noire.

Sur tout cela juillet déjà fait ses valises.

Là-bas là-bas les bassins de radoub débordent de tristesse.

Ici tout près les tentes et les châteaux de sable, les estivants et leurs enfants

Les scooters des mers, les voiliers, les hors-bords, les balises, jouissent.

Ici aussi juillet dejà fait ses valises.

Vers le nord, la côte de Caucriauville oubliant sa rancoeur montre dans un sourire

Tous ses chicots noircis par la pétrochimie.

Plus loin, loin en amont ce ne sont que blessures de carrières aux cieux offertes

Que silos à ciment dépourvus de sentiments

Pour tous ces sinistres buissons plus blancs que des fantômes

Que torchères brûlant pour rien dans l'éclatante fanfare de lumière de cet après-midi.

Là-bas au large les porte-conteneurs jouent les banlieues flottantes

Aux bungalows précaires aux pavillons complaisants

Grands marchés sans port d'attache

Qui tracent leur route au sextant des profits apatrides.

Sans ciller de sa manche le soleil arrache une robe de feu

Et la jette sur la mer qui soudain danse,

Danse et brille oubliant sa misère.

Sur tout cela aussi juillet fait ses valises.

Tout cela vient de loin et ne va plus nulle part.

Le reste s'est noyé bien avant d'arriver

Là où les vieux jours vident leur sac pour mieux prendre la mer

Fuyant le ressac des redites redoutant

Le sac de leur mémoire le sac de leur mémoire le sac de leur mémoire.

Tout est vainement beau là n'est pas la question.

Tout est vainement beau et pèse sur juillet

Quand il fait ses valises et peine à les fermer.

Publicité
Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :