Moins de rires, moins de chansons,
Juillet déjà fait ses valises.
Pourtant tout près
Le fleuve quittant les écluses et les digues soudain se sent à l'aise
Et baigne et rabâche ses pieds dans la mer,
Ses pieds encore et encore émerveillés de cette étrangeté
Mouvante salée fredonnante....
L'estuaire bâille béat comme un dimanche en bras de chemise.
Juillet pourtant fait ses valises.
Sur l'autre rive deux cheminées sans panache
Comme les colonnes d'un temple évanoui:
Absence d'ombres plus sombre que l'ombre même.
Vers le ciel vide les grues braquent la rouille de leurs canons crispés,
Immobiles
Les ponts roulants dressent contre les marées mordantes d'un grand cirque mondial
Le rempart dérisoire des nervures d'un feuillage consumé.
Les dockers ont déserté la piste.
On devine
Comme rangés dans une vitrine non réfrigérée
Les réservoirs de gaz liquide
Jaunissants bavarois de plastique
Et le profil brouillé des digues et des jetées
Dont la plus longue meurt au large comme une coulée de lave noire.
Sur tout cela juillet déjà fait ses valises.
Là-bas là-bas les bassins de radoub débordent de tristesse.
Ici tout près les tentes et les châteaux de sable, les estivants et leurs enfants
Les scooters des mers, les voiliers, les hors-bords, les balises, jouissent.
Ici aussi juillet dejà fait ses valises.
Vers le nord, la côte de Caucriauville oubliant sa rancoeur montre dans un sourire
Tous ses chicots noircis par la pétrochimie.
Plus loin, loin en amont ce ne sont que blessures de carrières aux cieux offertes
Que silos à ciment dépourvus de sentiments
Pour tous ces sinistres buissons plus blancs que des fantômes
Que torchères brûlant pour rien dans l'éclatante fanfare de lumière de cet après-midi.
Là-bas au large les porte-conteneurs jouent les banlieues flottantes
Aux bungalows précaires aux pavillons complaisants
Grands marchés sans port d'attache
Qui tracent leur route au sextant des profits apatrides.
Sans ciller de sa manche le soleil arrache une robe de feu
Et la jette sur la mer qui soudain danse,
Danse et brille oubliant sa misère.
Sur tout cela aussi juillet fait ses valises.
Tout cela vient de loin et ne va plus nulle part.
Le reste s'est noyé bien avant d'arriver
Là où les vieux jours vident leur sac pour mieux prendre la mer
Fuyant le ressac des redites redoutant
Le sac de leur mémoire le sac de leur mémoire le sac de leur mémoire.
Tout est vainement beau là n'est pas la question.
Tout est vainement beau et pèse sur juillet
Quand il fait ses valises et peine à les fermer.