J'aime à transcrire le monde
Et sa chorégraphie de routes et de chemins
Qui s'en viennent et s'en vont entre cour et jardin.
Se croisant, ils s'hybrident en ballets immobiles
Dont naissent des étoiles et des moulins à vent,
Des éventails et des damiers,
Et je ne saurais dire quel vent souffle à ces graines
De fleurir en corbeille, en clochette, en ombelle.
J'aime assembler, jointoyer, tout un vocabulaire
De brique et de roc,
Lu du bout de mon ongle sur l'ardoise des paumes qui forgent la ronde.
J'aime être l'arbre,
Le toit, le mur sonnant de cris d'oiseaux;
Dans la toile du temps immense et immobile,
Ils découpent une noire dentelle de secondes,
Minutieux métronome d'un tango endiablé
Qui siffle entre les pierres et froisse les plumages.
J'aime être le chemin, le mesurer en heures du compas de mes pas.
J'aime être l'océan, m'immiscer dans ses chants et ses balancements,
Me jeter sur la plage, sur les grands rochers,
Démêler mes élans au peigne du couchant.
J'aime veiller le monde et garder ses troupeaux de couleurs,
Protéger son armée de volumes,
Héberger ses régiments de formes.
Dans le sable de mes caves, la trace de leurs campagnes;
Dans la paille de mes greniers, la forme de leurs corps.