Overblog Tous les blogs Top blogs Littérature, BD & Poésie
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU
Publicité

25 juillet 12 septembre 2015

VIEUX JARDIN

Le vieux jardin frissonne et pourtant l’air est tiède,

Le vieux jardin palpite, pas un souffle de vent,

Le vieux jardin frémit, que sent-il, que craint-il ?

Un revenant hostile ?

Un assaillant rampant ?

Sous ses pieds hésitants peut-être une corde raide?

Derrière les volets clos d’une gourmande sieste

Le vieux jardin ressent perçoit redoute

Les vigoureuses rafales de racines plutôt lestes :

Sur son avenir elles osent semer le doute !

Ebranlent par leurs caresses sa foi agreste,

Leurs tentacules voudraient lui retourner sa veste

Et le livrer tout cru aux hordes sylvestres !

L’invincible armada de fibres serpentines

Ecume les méandres de ses rives intestines,

Vibrante de surgeons, de rejetons gloutons

Virulent acacia, lierre teigneux, odieux clerodendron.

Panique au jardin vieux! qui bouillonne du chaudron...

Qu’on le mire à l’endroit

Qu’on le look à l’envers

De près comme de loin.

On lui trouve un drôle d’air

Au vieux jardin du coin

Un petit air de guingois

Avec toutes ces idées qui lui poussent de travers

Il semble avoir très froid.

Et ces arbres un peu fous débridés et pervers !

Et ces herbes malignes sans foi ni loi

Qui étouffent les fleurs qui épuisent sa terre

Et s’octroient tous les droits !

Traversé de racines voraces et accortes

Ce vieux jardin d'herbes mauvaises grouillant telles des cloportes

Arbore un air de gosse abandonné

Heureusement mère-grand du vieux jardin du coindéniche la clé rouillée.

Heureusement ses petits-enfants sont les rois pour cracher

Crachats à volonté

Dans des mains extirpées du fin fond de leurs poches

Dès lors très fort les poings serrés

Sur les manches de pics, fourche-bêches et pioches

Ah ! Comme ils grattent et creusent occupés à fouiller

Comme des bœufs ils s’attèlent aux idées embrouillées

Et tirent à grands cris, espérant en extraire les racines carrées

Mais les garces se fâchent, se cachent !

Les « pas plus hauts que trois pommes »

Luttent comme des hommes

Ils retournent, exhument, arrachent.

Parfois entre leurs doigts roule une bille couleur de toit

Bille d’argile d’ocre et de feu

Une bille d’outre-tombe revenue d’autrefois.

Ou dans la nuit d'un trou fulgure l’aile écorchée

D’un éclat de turquoise d’un tesson de verre bleu

La planète oubliée d’une modeste agate aux volutes embrumées

Vaguement martelée par mille caramboles et parties achevées

Au temps où l'on creusait le pot dans une terre

Mêlée de gravas de décombres de guerres,

De querelles, de poubelles

De tête à têtes où volaient les assiettes:

Plâtre gris débris tuiles et briques gros boutons de cuivre vert de gris tombés d’une capote

Modèle 1916, sans tambour ni trompettes

Goulots de bouteilles anneaux rouillés carrelage éclaté fourchettes manchotes

Et gants défigurés et pauvre moleskine

D'un vase cannelé les ruines irisées presque argentines

Et encore une bille, d’un noir de suie,

Moirée comme sont les flaques mêlées d’huile et de pluie...

Une petite oreille d’huître rose grise et nacrée

De sombres silex des pierres orangées

Des coquilles d’escargot comme de petits sabots

Prêtes à parler argot sur le pont d’un cargo.

Quand de fond en comble enfin

Le vieux jardin du coin fut retourné

Les enfants à leurs pieds virent se déployer

Entre nids d'herbe grise et chignons de racines

Des colliers de questions des rondes de métiers

Un trésor de rapines

Des poèmes des chansons au passé composé

Comme une dentelle cousue aux manches retroussées de la vie envolée.

Le temps en s’écoulant avait tout recyclé

Laissant sur le compost un tendre cimetière de vies éteintes loin dans la nuit

Qui, brillant encore au ventre du jardin,

Eclairèrent les allées d’une archéologie digne de Monsieur Jourdain.

Leurs yeux étincelant sous la fraîche rosée de la curiosité

Parlaient avec l'histoire. La vie se racontait à travers les objets

De tous les jours

Et le temps qui passait n’était plus ni muet

Ni aveugle ni sourd.

Publicité
Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :