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Dans ce numéro d'Etoiles d'Encre, qui va fêter ses vingt ans, des textes de femmes sur LE BONHEUR, toutes sortes de bonheurs, celui de la conquête difficile de la liberté (Algérie), celui d'entretenir son amour pour une personne ou un jardin, ou encore un projet partagé, les bonheurs offerts par la nature, les amitiés, les souvenirs.... Abonnement annuel pour 4 numéros: 58€, pour 270 pages de lecture et de plaisir des yeux, photos d'art et photos d'oeuvres d'art.

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REQUIEM POUR UNE CAROTTE

 

Dans ma petite cuisine aux murs taillés dans le damier

Rose et bleu d’un tablier que, gamine, j’ai habité de mon mieux,

Sous la pluie blanche du néon, j’écorche vif ton nom, carotte, racine.

 

Entre la peau et la chair

Cet univers sans épaisseur, reflétant le tout et le rien

Où soyeusement chante l’acier faisant d’un entre-deux insensé

Jaillir un silence à l’envers, la danse de chaque geste.

Dans ma petite cuisine je ne suis plus si sibylline :

Simple corps exact et tranchant j’écorche vive une racine,

Une carotte, un prénom. Alors j’entends

L’univers, l’esprit du temps, le vent primordial,

Sous le cuir de mes repères se glisser, douce Durandale,

Enclins à protéger la lumière du potager.

 

La forêt est là toute proche et ma petite cuisine,

Naïve marelle pour vœux de gamine,

Se fait temple dédicacé au destin de cette carotte,

Aimable racine,  prénom au teint frais. Dans ma petite cuisine

Aux murs aveugles mais à damier- ce beau gaufrier rose et bleu

D’un sarrau que j’ai porté- je coupe sur la planche en jours,

En mois, en années, la carotte, et la fibre se fend

Presque sans bruit, bruit de neige sous la morsure d’un pas

Mais la lame encontrant le bois cogne, cogne à tout va.

 

Alors les oiseaux du ciel les insectes  les vers

Et des arbres la chair  tissent autour de ce noyau sonore

Le somptueux manteau d’une aurore boréale pour la minute minuscule

Où, dans ma cuisine, une carotte vole en rondelles,

Où  de sobre respect tout l’univers s’incline.

Le manteau d’une reine pour cette minute pourtant menue

Où la main droite sait qu’elle enserre un couteau effilé,

La main gauche qu’elle maintient fermement la racine

Epluchée sur la planche. Le manteau d’une reine

Pour cette minute infime où le cœur du monde

Percute à grands coups dans ma vie, où ma vie répercute

Ses pas dans l’envers du monde, le manteau d’une reine sage

Tissé d’herbes sauvages.

 

 

 

LE HAVRE

FRONT DE MER 

   

(Publié dans Etoile d’encre Sept 2019)

Juillet 2013

Ilots de galets, allées de bois, ruisseaux de sable.

Falaises fragiles, jeux saisonniers, restaurants jetables.

Cerfs volants frémissants, hésitants, résistants.

Pressé entre  falaise et longues digues le front de mer

Frontière, Finistère, terre de marée basse ourlée de fondrières

Où se fondre dans l’épaisseur infime de la limite.

Derrière sa herse de mâts  serrés, volière de fanions, de drapeaux,

Le front de mer adossé aux vagues  de verre,

De béton, de lauriers  roses et de balconnières.

Front de mer, fin de terre arpentée à pas lents ou fringants

Quand la foule heureuse roule des hanches  dimanche au soleil ;

Quand la brise, l'humeur légère et gaie,

Taquinent les cœurs,  les ballons multicolores ;

Quand monte la marée des robes des sandales

Des genoux nus des bras libres. Front de mer

Où terre et mer front contre front dansent l'eau dansent l'air

Quand le soleil descendant hisse les couleurs,  voiles de sang

Nappes de feu  violettes, forteresses, remparts de marbre bleu,

Pour prendre la  mer dont le front s’enterre dans la nuit montante ; et

Son pouls ne bat plus qu’au rythme des phares et de la houle noire.

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POEMES PUBLIES DANS LE NUMERO 79-80 d'ETOILES D'ENCRE, revue de femmes en Méditerranée, consacrée au BONHEUR

CONFETTIS

 

BABILLER POETIQUEMENT LA VILLE

A la boutonnière du rétroviseur s’épanouit ma fleur.

Vitre ouverte en partage cascade d’ivoire

Et d’ébène de marche en marche de touche en touche.

Toutes les couleurs d’une chanson, celle des mots

De connivence survolent trottoirs et caniveaux.

Quelle belle journée ! Oui, avec une écharpe !

Vous aimez la musique ? Oh, mon parapluie ?

Il me sert de chapeau. Oui, j’adore le piano

Engerer Argerich empereurs caracoleurs arrachant au clavier

Un symbole de victoire aux cornes de taureau

Et derviches tournoyant sur l’hémistiche d’un exil en spirales.

 

De strapontin en strapontin j’invente

Des trottoirs poématiques la modulation spontanée !

A pas comptés rimes altérées vers syncopés

Sur travertin mal ajusté danse la Bayadère

Au péril de ses pieds.

Avez-vous vu oh que c’est beau ! C’est le lilas, c’est la glycine.

Du cousu main ? C’est le bouquet.

Emblasonné de cumulus le ciel rame à travers siècles.

Les pavés voguent –ils sur une mer de vertes folles herbes ?

J’aime à le croire-voire

Mon œil rapide extrapole anticipe, à chacun son roman

Quelques perles sans pareil greffées au collier de l’éternel quotidien du train-train.

 

Sur le bitume des habitudes les confettis sont de sortie

Et font sa fête à la folie.

 

SUR LE CHEMIN CALADE

 

Sous le ventre du ciel ondule  une houle prairiale

La grande croupe fauve de tant de soleil.

Au fond du vallon la meute des loups gris

Sculptés par les pluies, le vent et la foudre,

Pourfendus  par le gel. Sur le chemin caladé

Ronde bille poudrée de rosée

Une prune violette pour le pouce et l’index

Papilles au garde à vous montée de sève acide

Mon pied butte sur un silex.

 

Pendant que je rhabille le monde à ma façon

Je me demande si mon père laissait lui aussi

Sur les chemins pierreux divaguer son esprit

Ou s’il réfléchissait. Je tricote je crois les deux fils.

Chemin cathare, chemin de purification creusé dans la matière

Vers la pensée, farine vierge sans sel ni levure

Sans beurre sans confiture. Plénitude des heures

Où je tresse  marie les bosses les ornières les cailloux les reliefs

Comme un crible trieur de ciel et d’essentiel.

2015

POEMES PUBLIES DANS LE NUMERO 79-80 d'ETOILES D'ENCRE, revue de femmes en Méditerranée, consacrée au BONHEUR
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