C'est encore un poème confiné, le dernier, écrit face à la haute fenêtre de ma cuisine, bureau, salle à manger et salon de musique. Je m'échappais vers les lilas en fleurs du jardin, mauves, blancs, le toit rouge du petit studio, et derrière le grand cerisier du voisin, la résidence, son toit d'ardoise noirâtre dont l'arête ce jour-là servait de rail à un interminable train de nuages.
Au creux profond des nuages
Mots errants, bégayants
Dans le désert bleu de la nuit sage
De vieux orages hésitants
A s’envoler des nids
Où ils avaient pris vie.
Les pensées sentent leurs lèvres
En pavillon s’épanouir se durcir
Et brûlantes de déferlante fièvre
Fouiller leurs replis et brandir
Cris, poings, becs et ongles
Qui sur vitres et volets jonglent
Et d’invisibles empreintes déposent
Pas une trace de la rose
Pas l’ombre d’une adresse
Ni l’esquisse d’un P.S.
Sur portes et fenêtres
Pensées désirs jouent des castagnettes
Tels des oiseaux champêtres
Rouge gorges et fauvettes
Pic- épeiches et piverts
Dans les vieux troncs cherchant des vers.