Tu as poussé bien noir, Henri, regard noir, cheveux noirs, barbe noire.
Tu t'habillais de noir, ta santé fragile était ta bête noire. Peut-être as-tu broyé du noir de ne plus pouvoir monter tes chevaux préférés. Alors très vite tu as enfourché des crayons noirs, franchi des obstacles, Puis au galop sur des pinceaux chargés d'encre ou de peinture. Leurs petites flammes noires ont éclairé la nuit parisienne dans sa parure de jais: un cerne noir idéalise un corps laiteux; jaillissant d' un chignon doré, le geyser noir d'une plume fait rêver les messieurs; des gants noirs remontent le long de longs bras blancs; des mains blanches tanguent sur les noirs remous d'une robe de moire; la coquille noire d'un bustier s'ouvre sur la nacre d'un dos nu; sur une montagne de cheveux roux un chapeau noir gaiement se perche. Dans la flaque noire d'un miroir, une élégante se noie....
De sombres lignes, et sinueuses comme le cou des cygnes noirs, font danser la Goulue pour un public d'ombres chinoises.Tes affiches, tes tableaux, parlent sans avoir à ouvrir la bouche. Ta signature aussi, à coups de H logés entre un T et un L, Henri de Toulouse Lautrec, noire parce qu'à l'ombre rose de Toulouse et des briques rouges d'Albi.
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